Pierre Niney est-il notre Timothée Chalamet à nous ?

La gestion de la promo devient une problématique de plus en plus abordée par les "talents". À raison ?

Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.

Au menu cette semaine, deux campagnes marketing pertinentes à comparer, des nominations (oui encore), une disparition qui nous brise le cœur, des films à voir en salle ou devant sa télé, plein de trucs chouettes à relire, et un guide des meilleurs James Bond pour un spécialiste de qualité.

LES ACTUS DE LA SEMAINE

Depuis plusieurs semaines, de nombreux médias s’amusent à raconter les folles aventures de Timothée Chalamet loin de la promotion traditionnelle pour mettre en avant ses pérégrinations du côté du tennis de table.

Si vous n’avez pas vu la vidéo de Timtim dévoilant son crâne rasé, saisi la hype autour de la veste Marty Supreme, compris ce qu’était que cette fausse réunion marketing avec des membres du distributeur A24 sur zoom dévoilée sur Instagram, avant qu’un ballon dirigeable orange se promène dans le ciel de Los Angeles, qu’un clip avec EsDeeKid enflamme la toile ou que l’acteur se retrouve sur le toit de la sphère de Las Vegas… Vous faites partie du microcosme ayant échappé à la campagne la plus suivie, commentée et virale depuis fort longtemps.

De là à s’interroger sur la place des journalistes sur la promotion des films en 2026 ? Un peu. Quand bien même ce sujet semblerait être dans une petite niche n’intéressant pas grand monde, vu le nombre d’article/vidéos faits sur tout ce qui accompagne la sortie du film de Josh Safdie, et le nombre de commentaires qu’ils engendrent, ce serait se mettre le doigt dans l’œil. Le public adoooooore voir la presse râler qu’on les remplace, et se battre avec celles et ceux qui défendent le travail des journalistes cinéma. Combien de fois y a-t-il eu des gueguerres sur les réseaux concernant la légitimité de telle influenceuse sur un tapis rouge ou sur le fait qu’on donne plus de temps d’interview pour tel cinéaste à un HugoDecrypte qu’à un média traditionnel ?

Vous nous direz : “Mais RST, pourquoi utiliser votre newsletter hebdo pour traiter d’un sujet dont tout le monde parle depuis plusieurs mois ?”. Parce que Chalamet a donné un bébé : Pierre Niney.

Non, on ne compare pas juste deux acteurs jeunes en vogue adoré des jeunes et des moins jeunes. Depuis plusieurs semaines, l’acteur français enchaîne les contenus sur les réseaux. Certains classiques, certains plus originaux. Récemment, il a sorti une vidéo où il est dans le rôle de Coach Matt, le protagoniste de son dernier film, Gourou. Et il a fait envoyer à plusieurs personnalités/personnes du milieu un t-shirt reprenant l’esthétique vintage 90/2000. Vous comprenez mieux le lien que l’on fait.

Or, contrairement à Chalamet qui a le plus possible évité la presse traditionnelle (à part un talk show, une radio britannique, un magazine papier chez nous et quelques petites interventions rares), Niney a dû jouer le jeu de la promo. Et pour le coup, il était partout. Genre, vraiment, vraiment, partout.

D’un côté, ça fonctionne. Rares sont les personnes qui n’ont pas entendu parler de Gourou et du grand retour, deux ans après le succès incroyable de Monte-Cristo de Pierre Niney sur nos écrans géants. Et le fait est qu’il est rare qu’on ait envie de zapper un passage sur nos feeds avec lui et sa bonhomie. Mais de l’autre, il y a une forme de dissonance cognitive. Est-ce qu’une campagne à la Chalamet est possible en France ? Et surtout souhaitable ? Oui et non.

Dans le dernier numéro de Première nouvelle formule disponible depuis le 28 janvier dernier, Niney justement revient sur la campagne de Chalamet, et cette notion du diktat de la promo. Et pour bien comprendre ce que dit l’acteur dans cette interview, il faut revenir sur un terme peu connu du grand public : junket. Un press junket est un évènement organisé, souvent sur une journée, où l’on réunit les membres du casting d’un film dans un hôtel, pour qu’ils puissent à un endroit précis faire une très grande partie des interviews pour le film. Souvent, les talents restent assis sur une même chaise dans une chambre d’hôtel, tandis que les journalistes viennent à leur rencontre chacun leur tour pour un échange de 5, 10 ou 15 minutes pour les plus chanceux, et repartent avec le petit rush vidéo qu’ont filmé les caméras sur place qui tournent tous les entretiens de la journée. Un format initié pour les télévisions dans les années 80/90, histoire de faire gagner beaucoup de temps (et d’argent) aux distributeurs qui généralement raquent pour la promo, et qui n’a pas beaucoup évolué depuis.

Sur ce sujet, Niney explique au mensuel donc :

J'ai fait celui de Gourou avant-hier, j'ai passé dix heures enfermé dans une chambre d'hôtel avec des journalistes qui m'ont tous posé les mêmes questions pour que je leur redise à l'oral ce qui, dans 90 % des cas, était déjà dans le dossier de presse. C'était fatigant et pas intéressant du tout. Au bout de seize fois où on a répété pourquoi on a voulu faire le film et quel est notre point commun avec le personnage, on est épuisés, nous.

Ce à quoi le journaliste de Première répond, à raison, qu’il est difficile en quelques minutes seulement de creuser plus. Niney propose alors :

À chaque fois que je dis, venez, on organise une conférence de presse où on donnera une fois la réponse, mais à fond, hyper motivés, et on répondra à tout pendant trois heures dans un endroit sympa, les gens qui s'occupent de la promo me répondent invariablement : ”Bah non, les journalistes exigent tous leur moment exclu à eux.” Je ne sais pas si c'est vrai ou si tout le monde a juste peur du changement. Une conférence de presse, comme à Cannes, ce ne sont pas non plus des moments inhumains, il me semble.

Et là, on touche du doigt le début du problème.

Plusieurs choses. Sur le fond, difficile de ne pas être d’accord avec lui. En somme, si c’est pour répéter 60 fois la même chose, autant le faire une fois pour les talents, ils seront moins aigris de le faire. Et ça donnera plus de temps à ceux-ci de proposer autre chose.

Sauf que c’est déjà un modèle qui existe pour les films américains. Il y a régulièrement un junket pour une partie des médias sélectionnés sur le volet, et les autres n’ont “le droit qu’à” une conférence de presse. Et c’est assez peu satisfaisant pour les journalistes. Oui, les quelques médias qui ne font que de l’écrit ou de la radio, qui ont besoin d’une citation ou deux seulement pour leur sujet, peuvent s’en satisfaire. Mais ça ne représente qu’une partie (assez menue) de la presse d’aujourd’hui.

Déjà, c’est oublier que tout le monde utilise maintenant les réseaux sociaux, et est à la recherche du petit moment qui pourra buzzer sur Instagram ou TikTok. Ou qu’une grande partie des médias ont des “formats” d’interview spécifiques, pour éviter justement d’avoir le même “contenu” (pardon du gros mot, mais vous avez compris l’idée) que le voisin. D’ailleurs, sans trop regarder dans le détail, dans la plupart des gros médias web, Niney n’a pas fait de format junket basique justement — un Grand Écran pour Allociné, un entretien d’une heure pour Brut, un Small Talk pour Konbini, un format inédit avec Mouloud Achour pour Clique, etc.

Mais surtout, de quoi cette fatigue de la promo est synonyme ? C’est assez simple, mais contrôler la parole unique permet de maîtriser la communication. En ne parlant pas, et en faisant des happenings qui seront commentés en masse, Chalamet n’a pas besoin d’ouvrir sa bouche pour dire quoi que ce soit sur le film. Et ce n’est pas nouveau, même si la volonté de contrôle se plaçait ailleurs. Depuis plusieurs années, ce n’est pas un vrai secret de polichinelle, mais de plus en plus de stars demandent à relire les entretiens ou articles, pour modifier des mots, des phrases ou vérifier qu’on n’a pas pris une mauvaise séquence — ou à couper des morceaux de vidéos pour l’équivalent en ligne. Un contrôle du discours qui s’accompagne d’une image de marque. De plus en plus, les marques de mode qui signent des contrats avec les talents demandent à être mises en avant pas uniquement dans les photoshoot des magazines dédiées, mais dans des entretiens, des tapis rouges. Cannes est devenu une véritable entreprise autour des grandes firmes, mais on en parlera un peu plus tard, peut-être. Il ne faut pas rêver, la spontanéité est de plus en plus rare dans la promotion.

Cela étant dit, est-ce qu’on assiste pas à une lassitude des entretiens dits “lambda”, des talents qu’on voit 6 fois par an au cinéma, donner des réponses banales sans grand enthousiasme ? Évidemment. Les vues des contenus traditionnels baissent d’années en année, et les ventes de titres de presse également. Sauf que, d’aucuns diront qu’entre passer une heure sur YouTube avec un acteur qui juge 50 talents aux côtés de deux créateurs de contenus stars, où l’on parle assez peu du film mais où on se marre avec lui, et une discussion profonde où l’on parlerait de profondeur de champ et de processus d’écriture (on caricature volontairement), il y a un monde, et un public à chaque fois. Est-ce que les deux mondes sont comblés ? Avec Pierre Niney, un peu. Avec Chalamet, non. Alors heureusement, il n’est pas le seul à pouvoir prendre la parole, et le réalisateur compense ce manque-là. Mais ce n’est pas toujours suffisant.

S’il est évident qu’il faut que la presse soit capable de se remettre en question, de faire évoluer sa manière de procéder et plus encore, elle a également et surtout besoin pour survivre qu’on lui permette de faire son travail dans les meilleures conditions possibles — donc en lui donnant des accès pour parler des films. Ce qu’a fait Niney. Ce que n’a pas fait Chalamet.



Les nominations aux César sont tombées, et outre le fait que la soirée a été avancée d’un jour (pour ne pas faire de concurrence à la soirée des Enfoirés, quitte à être un jeudi soir), il y avait son lot de surprises. Si vous avez bien en tête les nominations (sinon elles sont là), petit débrief 100 % subjectif.

C’est cool :

  • La catégorie Meilleur premier film. Les 5 films sont supers. Il en manque mais la compétition est rude. Et voir Arco dans les nommés, et pas cantonné aux films d’animation, est un signal important.

  • On avait peur que La Chambre de Mariana et L’Attachement, sortis en début d’année, passent à la trappe. On est ravis de les voir plutôt bien représentés.

  • Il est rare de voir des premiers films dans des catégories importantes. Ce n’est pas encore assez mais entre Nino, L’Épreuve du Feu et Partir un Jour sont présents à plus d’une reprise. On se contente de peu.

  • La présidente et fondatrice du fan club de Bastien Bouillon est ravie comme vous pouvez l’imaginer.

  • Sayyid El Alami, Idir Azougli, Theodore Pellerin <3

(l’absence qui nous fait le plus mal..)

C’est moins cool :

  • Le boycott du meilleur film français de l’année, Des preuves d’amour. Je sais pas, Monia Chokri en meilleure actrice dans un second rôle à minima, non ?

  • Justice pour Juliette Armanet.

  • Qu’on aime ou pas le film, trois nominations pour un même film dans une catégorie, c’est abusé. Peut-être qu’on pouvait choisir entre Michel Fau, Swann Arlaud et Xavier Dolan en Meilleur acteur dans un second rôle.

  • On comprend que ça fasse émoustiller les membres de l’Académie de voir un cinéaste américain de renom singer du Godard, mais le fait que Nouvelle Vague soit le film le plus nommé de l’année est d’une tristesse…

  • On est ravis de voir Arco en Meilleur premier film, mais le travail d’Ugo Bienvenu est tel qu’il n’aurait pas démérité une nomination en meilleure réalisation. Mais bon, ça, on n’y est pas encore…

  • Même si c’est pour les costumes, on n’était peut-être pas obligé de nommer le dernier Luc Besson en 2026.

  • Enzo parmi les grands absents, ça fait mal à notre petit cœur.

Reste à voir si le palmarès sera à la hauteur. Réponse le 26 février prochain.

Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra brièvement sur ces deux cas, mais aussi le documentaire à la gloire de Mélanie Trump qui fait froid dans le dos, la commission d’enquête parlementaire sur le service public, un film de YouTubeur qui va tout truster aux États-Unis, et pas mal de vos questions envoyées à 3615 également.

LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE

Parce qu’une image parle mieux que mille mots…

Il y a un film qu’on a vraiment bien aimé cette semaine je crois…

Pour entendre les débats, arguments et analyses de chacun de ses films, notre épisode hebdomadaire est disponible sur toutes les plateformes de streaming ou de podcast, juste ici.

LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE

Cette semaine, Alexis a profité des soldes sur Steam pour essayer un jeu qui lui faisait de l’œil depuis fort longtemps (et que Simon et Nico adorent) : What Remains of Edith Finch. On ne vous dit rien, mais la claque risque d’être conséquente.

Simon vous conseille Machine qui rêve : Fast & Furious, utopie américaine, le formidable premier essai d’Arthur Bouet sur la célèbre saga, souvent vu de haut avec un peu de mépris mais qui mérite votre intérêt.

Arthur, sur une veine similaire, revient sur le nouveau livre de la géniale maison d’édition Playlist Society, signé Romain Nigita. Les Simpson, ou le paradoxe du donut intemporel revient sur la célèbre série, toujours à l’heure de son époque, sans jamais vraiment changer sa recette.

Nicolas enfin, évoque un livre — oui, encore un. Enfin, une novella, entre la nouvelle et le roman court. Celle de Levie Tidhar aux collections Une heure lumière, intitulée Une espèce en voie de disparition, uchronie sur le nazisme à twist qui a marqué notre auteur préféré.

(© Annapurna Interactive / Le Gospel / Playlist Society / Le Belial)

VOTRE PROGRAMME TÉLÉ OU VOD

Chaque semaine, on scrute le programme télé ou des nouvelles arrivées sur les plateformes de streaming pour vous trouver un film qui serait passé sous votre radar. Parce qu’il n’y a pas que l’Amour est dans le pré dans la vie, et que les gros blockbusters, ça va deux minutes.

Si vous êtes du genre couche-tard, on ne peut que vous conseiller de rester connecté à Paris Première le mardi 3 février à 22h55 pour voir Peur sur la ville, exceptionnel film d’Henri Verneuil avec un grand, grand, Belmondo. Un film qui repasse régulièrement, certes, mais qu’on prend toujours plaisir à voir.

LE sommet spectaculaire de la carrière de Belmondo. Devant la caméra d'Henri Verneuil, "Bébel" joue les trompe-la-mort pour la beauté d'un spectacle qui n'a pas pris une ride ! Quelque part entre le giallo, le polar et le film d'action, Peur sur la ville tient toujours la dragée haute au divertissement américain, plus de cinquante ans après sa sortie en salles. Immanquable.

UN PEU DE PATRIMOINE ?

Cette semaine, on se replonge sur une campagne présidentielle que vous n’avez sûrement pas connu, dans un documentaire interdit pendant près de 30 ans — et pour cause : 1974, une partie de campagne, de Raymond Depardon.

On profite d’un grand cycle de ressortie en salle par Les Films du Losange du travail du documentariste le plus reconnu de France et de Navarre pour se replonger sur un film fou, encore trop méconnu, et qui raconte en direct la création de la communication politique actuelle.

Un épisode du mardi de qualité, en somme.

LE BONUS HEBDO

Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, à l’occasion de la mise en ligne sur Netflix des 25 James Bond (!), notre 007tophile en chef Alexis Roux vous livre son classement dans l’ordre du meilleur au moins bon des films de la saga.

On vous tease avec les 4 derniers de la liste

La liste complète, juste ici. Liste que vous pouvez retrouver sur notre compte Letterboxd RST.

Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos réseals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcast préférés et la semaine prochaine dans votre boîte mail.

Et gloire à Catherine O’Hara, à jamais dans nos cœurs cinéphiles

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Par Réalisé sans trucage

À propos de Réalisé sans trucage

Réalisé sans trucage est un podcast crée en 2023 qui décrypte les sorties de la semaine chaque vendredi, traite de l’actualité du cinéma tous les lundis, et aborde un film de patrimoine tous les mardis.

Les abonnés Supercast ont en plus un épisode bonus chaque mercredi.

Le podcast est constitué d’Arthur Cios, Sophie Grech, Nicolas Martin, Simon Riaux et Alexis Roux.