Parce que "Quand Harry rencontre Sally" ou "Love Actually", ça va deux minutes.
Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu cette semaine, une liste guimauve (ou pas), des conseils pour décortiquer le box-office, des films à éviter (sauf un), et plus encore.
Margot Robbie le crie sur tous les toits : Hurlevent est le film à voir à la Saint-Valentin, avec vos potes et quelques verres de vin. Outre le fait que les 5 chroniqueur•euse•s de ce podcast sont vraiment pas fans de la dernière adaptation du bouquin culte d’Emily Bronté, force est de constater qu’il y a bien meilleurs films à regarder ce 14 février.
Et parce qu’on en a marre de voir toujours les mêmes listes, avec The Holiday, Quand Harry rencontre Sally, Coup de foudre à Notting Hill ou Love Actually, on vous propose 10 films un peu plus originaux à mater avec votre âme sœur (ou presque). Pas nécessairement romantique, ni des comédies douces agréables à mater sous votre plaid, mais des films que l’on aime énormément, surtout.
Une liste à retrouver par ailleurs sur notre compte Letterboxd.
L’amour est un feu qui dévore, ici au sens premier du terme. Béatrice a la Dalle (déso) et croque ses amants à pleines dents, pour une Saint-Valentin saveur boudin humain. Un régal.
(film disponible en VOD et en DVD/Blu-ray)
Avant le succès interplanétaire des robes de Maggie Cheung dans In the mood for love, Wong Kar-Wai signe une romance gay mélancolique à Buenos Aires. Des larmes autant que les chutes naturelles d’Iguazú.
(film disponible en VOD et en DVD/Blu-ray/4K)
Mme Muir a un nom un peu pété mais elle a aussi un fantôme super classe et un rôle dans un chef-d’œuvre de Joseph L. Mankiewicz, à savoir une des plus belles, profondes et mélancoliques histoires d’amour de tous les temps.
(film disponible sur Disney+, FilmoTV, en VOS et en DVD/Blu-ray)
Quand George Miller nous offre une improbable romance cosmique entre un génie et une universitaire férue de mythologie, il nous offre un trip mutant, qui électrise chaque atome d’amour et de pulsion légendaire qui réside en nous.
(film disponible en VOD et en DVD/Blu-ray/4K)
Ce chef-d’œuvre de Hal Ashby n’est pas une comédie romantique comme les autres. Et pourtant peu de films explorent à ce point, l’amour, la liberté et la complicité. Ponctué d’humour noir, Harold et Maude est une œuvre singulière devenue culte, pour les performances de Bud Cort et Ruth Gordon, et pour la sublime bande-son de Cat Stevens.
(film disponible en VOD et en DVD/Blu-ray/4K)
Léonardo est un adolescent brésilien aveugle de 15 ans. Il rêve de vivre ses premiers émois, il fantasme ses premiers baisers. Et sa vie bascule lorsqu’il rencontre un nouvel élève, Gabriel. Cette romance queer sortie en 2014 et passée par le festival de Sundance, vous séduira par sa délicatesse et sa tendresse !
(film disponible en VOD et en DVD)
Rarement le sentiment amoureux aura été aussi palpable que dans ce film. Oubliez vos a priori sur Malick : c'est avant tout un grand sensible et le mythe tragique de Pocahontas lui doit sa plus belle mise en images.
(film disponible en VOD et en DVD/Blu-ray)
Désopilant, bouleversant, d'une beauté sans pareille et d'une grande modernité : le chef-d'œuvre de Billy Wilder est et restera la meilleure comédie romantique de tous les temps (déso pas déso Notting Hill, tu sais que je t'aime quand même).
(film disponible sur Mubi, en VOD et en DVD/Blu-ray/4K)
Si on vous dit que l’histoire d’amour entre deux personnes sourdes et muettes sur fond de surf, cela donnerait assez peu envie. Mais ce serait passer outre le fait que c’est l’un des plus beaux récits amoureux que l’on connaisse, permettant également au grand Takeshi Kitano de collaborer pour la première fois avec Joe Hisaishi. Vraiment, vous ne le regretterez pas.
(film disponible en VOD et en DVD/Blu-ray)
Le coup d’essai de Soderbergh dans le film de braquage, avant qu’il fasse ses célèbres Ocean’s, était avant tout une romance entre un voleur (George Clooney) et une flic (Jennifer Lopez). Genre un sous-Heat mais où les deux se “rentrent les poils” comme dirait l’autre. On adore.
(film disponible sur Paramount+, en VOD et en DVD/Blu-ray)
On aurait pu vous parler de Queer, Moonstruck, Sailor et Lula, Brève Rencontre, Le Bonheur, The Watermelon Woman, Alice ne vit plus ici, Quand passent les cigognes, et plus encore, mais bon, 10 c’est 10 !
On en cause souvent, mais le box-office, c’est quelque chose. Surtout dans un pays qui a fait il y a quelques décennies le choix salvateur, pour ne pas dire génialement éclairé et communiste ou presque, d’organiser un financement collectif, incitatif et protectionniste du cinéma. Mais quand l’extrême droite rugit, bave ou rote aux portes du pouvoir, alors même que le secteur accuse une année en berne (l’année 2025, pour qui n’aurait pas trop suivi), les évidences tremblotent, les certitudes font de l’huile, et les charognards s’aiguisent les crocs avec délectation.
On l’a dit et écrit ici, la situation, économique comme industrielle, du cinéma français, est loin, très loin d’être désespérée, ou même négative. Tous les secteurs font face à des défis copieusement velus à relever, à commencer par les salles, qui souffrent, luttent, tiennent et galèrent.
On l’a dit et écrit ici, la crise, ou plutôt les crises, qui traversent le cinéma américain, ne sont pas pour rien dans la baisse de fréquentation des salles obscures. 2025 a manqué de grands pôles capables de fédérer le public. Mais nous n’avons pas manqué que de rassembleurs américains. Bref, on ne va pas rejouer le match.
Étant entendu que tous, cinéphiles inamovibles, amateurs de grand écran, ou impavides visionneurs conscients que les films ont encore, toujours et heureusement, besoin de la salle de cinéma, aimerions que notre passion ne disparaisse pas comme l’honneur d’un curé dans une cour d’école, il convient d’écouter ceux qui travaillent sur la question. Et en l’occurrence, celle qui travaille sur la question.
Il s’agit de Chloé Delaporte, professeure en socio-économie du cinéma à l’université de Montpellier Paul-Valery. Elle a donné au site Box-office pro une interview passionnante, découverte grâce à un post de Manuel Alduy. De cette phrase, plusieurs conclusions préliminaires s’imposent. La première, c’est évidemment que vous devriez suivre Manuel Alduy. Pas le suivre dans la rue, à la manière d’un caneton sa maman. Non, et c’est le deuxième volet de cette recommandation, vous seriez bien inspiré de le suivre sur Blue Sky, parce que Blue Sky, c’est comme un réseau social sans le stress, et comme X sans le X.
Bref, Manuel Alduy est le directeur du cinéma et des fictions numériques et internationales pour France Télévision. Il se farde le fardeau, pas foncièrement compatible avec la sérénité, de répondre pied à pied à qui attaque le service public, et a en plus le bon goût de partager quelques interviews, documents et sources de réflexions bienvenues.
Bref (oui, c’est un peu osé d’écrire “bref”, mais n’êtes-vous pas toujours là, pour en rire, pour en pleurer ?). Manuel a partagé l’entretien de Chloé Delaporte, disponible gratuitement et intégralement sur l’excellent Box-office Pro. Qu’on vous recommande de lire. Si vous n’en avez pas le courage, le temps, l’intention, la motivation et que ces raisons sont précisément celles qui vous poussent à lire cette newsletter, voici quelques idées et citations à en retenir.
(pour vous donner envie)
Chloé Delaporte pose tout d’abord qu’appréhender les chiffres de la filière cinéma à l’aune du COVID n’a pas grand sens. Pour terrible qu’aient été les bouleversements induits par la crise sanitaire, ils furent conjoncturels pour nombre d’entre eux, et ne sont peut-être plus pertinents pour certains d’entre eux. Ajoutons que prendre 2020 pour bascule, c’est en creux ou non, considérer 2019 et 2018 comme des années de référence, posture absurde, celles-ci ayant été des années absolument exceptionnelles, affichant les fréquentations les plus hautes depuis 1966.
Et c’est tout l’intérêt du propos de Chloé Delaporte. Non pas nier la validité des repères utilisés par l’industrie du cinéma, la presse, ou les commentateurs économiques — elle en rappelle le sens comme la raison d’être — mais s’interroger sur les angles morts et les impensés qu’ils engendrent. Voici donc quelques exemples des pistes analytiques qu’elle propose.
Certaines dates semblent beaucoup plus pivotales que le COVID. L’arrivée de Netflix sur le marché français, par exemple. Ou encore les modifications de la chronologie des médias. De même, les analyses basées sur une année unique, si elles peuvent se justifier pour quantité de raisons (saisonnalité des sorties, logique économique des acteurs du secteur) peuvent nous “aveugler” quant à des dynamiques plus profondes, systémiques ou proéminentes dans les comportements des spectateurs. Ainsi, faudrait-il envisager également d’analyser mouvements et résultats à l’aune de cycles de trois ou cinq ans.
Chloé Delaporte pointe également du doigt les apories qui président à nos analyses de la fréquentation des salles. Dans une société où une fraction croissante de la population voit ses conditions matérielles d’existence menacées, il est notable de constater que les acteurs du secteur appréhendent le public selon qu’il est régulier ou occasionnel… sans se pencher, ou trop peu, sur le tiers de la population qui n’accède jamais au cinéma.
De même, nous sommes nombreux (y compris au sein de Réalisé sans trucage) à penser le public à travers des catégories peut-être éloignées des réalités. Ainsi, si nous sommes nombreux à autopsier, découper, questionner “les jeunes”, l'exercice d’analyse voudrait que les “seniors” constituent une classe à part entière, aux habitus et pratiques du cinéma unifiés. Mais ce groupe, si tant est qu’il existe, est tout aussi divers, varié et potentiellement imprévisible que ces salauds de jeunes.
Chloé Delaporte revient, enfin, sur notre perception du cinéma français et notamment de son ouverture. Parce qu’on a envie que vous la lisiez, et chez Box-office Pro et au-delà, on ne reproduira pas ses propos, mais peut-être suggère-t-elle qu’en dépit du ressenti d’une partie de la presse parisienne, des spectatrices et spectateurs assoiffés de nouveautés, le cinéma français n’est pas exactement un eldorado de diversité.
Bref (non, ce n’est toujours pas un hommage) voici une approche bienvenue, emprunte de sociologie et du désir de saisir la réalité de nos pratiques. Une approche bienvenue donc.
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur des disparitions malheureuses, mais aussi sur le silence autour de la Berlinale, les prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et de l’importance de l’édition physique, et plus encore.
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
(Pas très sympa de notre part d’avoir laissé Simon solo sur le Lisa Azuelos, on sait…)
Cette semaine, on vous propose des recos un peu différentes.
Enfin pas pour Nicolas qui vous conseille, une fois n’est pas coutume, un livre. Un recueil de témoignages d’une journaliste, Elodie Petit, qui s’appelle Parents alliés - Acceptation, amour, engagement : être parents d’enfants LGBTQIA+. 15 témoignages, dont vous devinez le thème donc, qui racontent la vie quand, ça se passe bien. Et ça fait du bien.
Sophie pour le coup vous recommande un podcast cinéma, d’entretiens plutôt, en anglais et mené par l’acteur et auteur Brett Goldstein. Dans sa longue série “Film to be buried with” qui contient déjà plus de 375 épisodes (!), il revient avec un invité de marque (genre Chris Colombus, par exemple) sur la cinéphilie de la personne.
Arthur enfin voulait conseiller un créateur de contenu vulgarisateur et qui sait décortiquer la musique contemporaine mieux que la grande majorité des médias (l’état de la presse musique est pas simple en ce moment), Mac Sim. S’il parle merveilleusement de la musique latine ou du rap américain, il reste un blanc bec certes — mais à date, il est le plus pertinent qu’Arthur a trouvé et celui qui l’aide chaque jour à mieux apprécier certains pans de la musique. Et c’est pas rien.
L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage par rapport à une adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça parait contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).
Cette semaine donc, nos Josiane d’amour pourront entendre un nouveau volet de Mise au point, l’émission d’Alexis, qui décide de s’attaquer à l’inattaquable : John Ford. Plus précisément comment la mise en scène a créé la légende fordienne. Et pour démarrer tout ça, notre chroniqueur revient sur la fin du Massacre à Fort Apache, ou comment l’Amérique transforme ses figures peu héroïques en héros. Peu ou prou.
(Le massacre final, en réalité)
Chaque semaine, on scrute le programme télé ou des nouvelles arrivées sur les plateformes de streaming pour vous trouver un film qui serait passé sous votre radar. Parce qu’il n’y a pas que l’Amour est dans le pré dans la vie, et que les gros blockbusters, ça va deux minutes.
Et une fois encore, on vous conseille un film récent passé un chouïa trop inaperçu à notre goût, puisqu’Arte diffusera ce mercredi 18 février à 20h55 La salle des profs, sorte de thriller étouffant allemand sur fond de vol entre profs et d’enfants en difficulté.
Dis comme ça, on dirait un truc un peu cliché mais ce serait passé à côté d’un grand moment de tension, d’une maîtrise rare, et la révélation d’une actrice au passage : Leonie Benesch.
Cette semaine, on revient sur un classique moderne de la SF, mais dans un épisode pas comme les autres puisqu’il s’agit d’un enregistrement public lors d’une séance du festival des Mycéliades, au cinéma Le Méliès de Montreuil autour du film Snowpiercer.
Beaucoup de choses à dire sur une œuvre totale, boudée à sa sortie, cruciale et pivot pour son cinéaste Bong Joon-ho, adaptant un ouvrage indispensable de la BD française, et dont la pensée politique est plus complexe qu’il n’en paraît.
Rendez-vous mardi donc, sur toutes vos plateformes de streaming ou d’écoutes de podcasts.
Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, Arthur aimerait revenir sur une question envoyée à notre mail 3615, sur l’importance de faire des marathons pour bien cerner l’univers d’un cinéaste.
On en discute ensemble, vous pourrez entendre ça mardi. En attendant, on vous met ça là. Il n’y a qu’Arthur pour s’infliger ce genre de choses — et le pire, c’est qu’il lui en manque au moins un (Chiens et Chats ou je sais pas).
(si ça vous intéresse…………………..)
Et sinon, comme toujours, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici. Mais la liste n’y sera pas, ça c’est sur le compte d’Arthur, comme vous pouvez l’imaginer…
Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos réseals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcast préférés et la semaine prochaine dans votre boîte mail.
Et gloire aux récits amoureux pas toxiques (ou presque).