Parce qu'on peut pleurer sur ce constat, ou essayer de réfléchir à des pistes apportant de l'optimisme — et on en voit au moins deux.
Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu cette semaine, on décortique la stat du nombre de femmes cinéastes en 2025 pour voir ce qui s’y cache, on fait une passe par Berlin, on parle d’un gros coup de cœur unanime, on évoque une nouvelle formule d’un épisode abonnés, de la reco encore et toujours, et plus encore.
En novembre dernier, le CNC a révélé, via son Observatoire de l’Égalité Hommes-Femmes, que la part des femmes ayant mis en scène un film avait encore baissé en 2025, année la plus faible en matière de parité depuis au moins 5 ans. Une information alors largement reprise et commentée, le plus souvent sur le mode de la déploration, quand l’analyse des chiffres encourage paradoxalement à l’optimisme et au pessimisme.
On l’aura lu abondamment, et on ne peut dans un premier temps que rejoindre les constats inquiets publiés dans nombre de médias. Avec 62 films mis en scène par des femmes en 2025, la France a encore vu reculer la part des femmes dans sa population de cinéastes. C’est indiscutable et désolant, mais si on ambitionne de voir ces chiffres changer dans un avenir moins distant que la publication du prochain bilan sanguin de Gérard Larcher, peut-être convient-il de s’en saisir selon d’autres modalités que celles qui sont les plus fréquemment usitées.
(8 des films réalisés par des Françaises en 2025 qu’on a particulièrement aimés)
Dans une certaine mesure, la situation est pire encore que ce que l’on a lu ici et là. Tout simplement parce que le cinéma demeurant matériellement une entreprise collective, il faut rappeler que le constat est tout aussi alarmant du côté des autres postes essentiels à la fabrication d’un film. 70% des projets audiovisuels ou de cinéma ont ainsi confié 60% de leurs postes clés à des hommes, crantant encore un peu plus s’il en était besoin une situation préoccupante. Car c’est peut-être là, dans l’attribution des postes clés que gît une des potentielles portes de sortie de cette situation sclérosée.
Seulement 62% des primo-cinéastes sont passés par la case court-métrage avant de diriger leur premier long. 40% d’entre eux ont donc suivi un autre parcours, et celui-ci passe fréquemment par une progression au sein des équipes de tournage. Se pencher sur l’attribution de ces postes clés et autres chefferies de premier rang est donc une articulation importante de la féminisation du secteur.
De même, le chiffre de 62 réalisatrices est au moins partiellement un trompe-l’œil. C’est un chiffre faible, on l’a dit et en baisse, on l’a dit aussi. Et face aux quelques 250 films produits en 2025, la proportion demeure navrante, tant elle laisse apercevoir en creux de blocages, et de talents sacrifiés. Mais elle relève bien plus une constance qu’une tendance glaçante. Les réalisatrices ne furent que 64 en 2024, et 69 au plus haut de 2022. L’écart n’est donc pas délirant, et reflète une sclérose plus qu’une crise.
Est-ce à dire pour autant que quiconque concerné par le sujet ne peut plus que se féliciter de posséder encore ses yeux pour pleurer ? Non, et s’il était bien légitime, sinon nécessaire de partager les données publiées par le CNC, il faut les appréhender dans leur ensemble si l’on entend agir sur elles.
Il y a quelques jours à peine s’achevait une nouvelle glorieuse édition du Festival du Court-Métrage de Clermont (c’est Clermont, c’est glorieux, c’est comme ça, nous ne faisons pas les règles), au cours de laquelle le CNC a proposé une série de tables rondes et conférences autour de la production, diffusion et problématiques d’accessibilité liées au court-métrage. Autant de mines d’informations sur lesquelles nous reviendrons, votre serviteur ayant eu l’honneur d’animer une table ronde dédiée aux courts-métrages jeune public.
Là où moins d’un quart des films sortis en 2025 étaient réalisés par des femmes, ils sont 40% à l’être du côté du court-métrage. Et encore, si l’on se penche sur certaines sous-catégories, telles que l’animation, le documentaire ou l’expérimental, les femmes apparaissent souvent majoritaires. Ces éléments positifs posent la question du taux de transformation, de la proportion de femmes qui après avoir réalisé un ou plusieurs courts-métrages, voient leurs projets de longs acceptés.
Pour autant, c’est bien là que doit résider notre optimisme. Il existe de plus en plus de femmes formées à la direction d’équipe de tournage, et des femmes formées à diriger leurs équipes avec des budgets sensiblement plus conséquents que les hommes. En effet, celles-ci étant majoritaires du côté de l’animation, dont les budgets excèdent fréquemment ceux du cinéma en prise de vues réelles, elles ne travaillent a priori pas non plus dans des situations de moins-disant économique.
Qui dit optimisme ne dit pas non plus attentisme béat. Plutôt la certitude que la réponse à la question “Où sont les femmes ?” étant assez claire, il nous appartient désormais, mieux et plus souvent, de mettre l’accent sur leurs créations, d’accompagner leur découverte et leur mise en lumière, d’aider à ce que leurs travaux bénéficient du retentissement qui serve d’exhausteur. Comme par exemple les César, où l’on retrouve 5 cinéastes femmes sur les 10 films nommés dans la catégorie court (fiction, animation, documentaire).
(un des films nommés réalisé par une femme, dans la catégorie documentaire)
Et c’est pourquoi nous vous causerons tout prochainement de la diffusion et de la visibilité des courts-métrages, dont la vivacité ne jouit pas toujours de la reconnaissance qu’elle devrait leur valoir. Et c’est bien dommage, car nous ne manquons pas de relais pour ces formats. La suite au prochain épisode.
On en parlait il y a quelques jours dans un épisode actu, le festival de la Berlinale se déroulant toujours mi-février dans la capitale allemande ne suscite presque plus du tout l’intérêt de la presse francophone. Cela n’a pas toujours été le cas. Fut un temps où les sélections étaient un peu plus grand public, l’espace médiatique conséquent et pouvait concurrencer avec un Venise voire avec un Cannes. Mais des choix éditoriaux, un placement chronologique et une montée en puissance des deux autres structures européennes ont modifié l’aura du festival.
Et pourtant, il y a toujours des petites pépites. Sans même parler de l’intérêt de son marché du film, sur lequel on reviendra dans les prochaines semaines, certains films inédits (oui, parce qu’on va pas évoquer ceux de Sundance qui ont séduit les gens ici et dont on a déjà parlé il y a quelques semaines dans un précédent épisode de cette newsletter) ont su attiser notre curiosité. Sans parler de certains titres qui ont l’air d’avoir unanimement déçu la presse et le public (le nouveau Karim Aïnouz et le retour de Kornél Mundruczó, notamment), on en a retenu 5, qui devraient attiser votre curiosité également — à noter que l’on écrit ces mots avant la clôture et le palmarès !
Les cinéphiles les plus aguerris ont retenu le nom du cinéaste franco-sénégalais Alain Gomis depuis la sortie du formidable Rewind and Play ou son Ours d’argent en 2017 pour Félicité — les puristes parleront de films précédents mais ce n’est pas notre cas. En tout cas, nous avions Dao sur notre radar depuis fort longtemps, on l’espérait même le voir à Cannes. Et vu les premiers retours sur ce double récit autour de la mort et de la vie, on n’avait sûrement raison.
(Jour2Fête sortira le film le 29 avril)
On ne connaît qu’assez peu ce cinéaste autrichien en dehors d’un premier long sélectionné en Compétition Officielle à Cannes en 2011 (Michael). Mais il semblerait que 2026 sonne son retour en grâce, avec ce drame au noir & blanc rappelant Le Ruban Blanc, sur une femme se travestissant en homme dans l’Europe post-Guerre des 30 ans (1618-1648). Et pas n’importe laquelle : Sandra Hüller. Les retours sont plus que dithyrambiques et il n’en faut pas plus pour nous attraper.
Warwick Thornton est un habitué des festivals. Son dernier long, The New Boy, était présenté dans la sélection Un certain regard cannois, tandis que son film le plus célèbre, Sweet Country, avait reçu le Prix spécial du jury de la Mostra en 2017, et son premier long, Samson et Delilah, la Caméra d’or en 2009. Bon, autant dire que le nouveau récit du cinéaste australien qui raconte toujours des récits sur les aborigènes rarement présents devant des caméras, qui se veut être une suite de Sweet Country, ne peut que susciter notre curiosité. Même si les retours sont partagés, on veut se faire notre propre avis là, en fait.
(un cinéma vraiment rare, toujours imbibé d’une vibe neo-western et d’un propos sur le colonialisme bien appuyé)
Premier long de fiction du cinéaste palestinien connu pour le docu Little Palestine, le film se veut refléter le parcours de l’artiste lorsqu’il était dans des camps de réfugiés à Yarmouk en Syrie, tout en racontant les expériences vécues par les Palestiniens depuis de nombreuses années maintenant. En ressort ce qui semble être un film relatant de plusieurs récits entremêlés mais tous d’une puissance rare. Le genre de film qui prouve que la sortie de Wim Wenders sur le fait que les films ne devraient pas être politiques était bien déconnectés de la réalité, et naze.
(Ce n’est qu’une question de temps avant que l’on connaisse l’identité du distributeur qui a acheté les droits de ce film)
On se souvient encore de la délicatesse de l’histoire d’amour entre Ahmed (Sami Outalbali) et Farah (Zbeida Belhajamor) dans le très tendre Une histoire d’amour et de désir sorti en 2021. Il semblerait que la cinéaste tunisienne ait remis le couvert dans un long-métrage très beau, sur fond d’homophobie en Tunisie. Avec Hiam Abbass et Marion Barbeau, entre autres. Un film que Memento sortira le 22 avril.
(Le 22 avril, c’est demain)
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on discutera en plus d’une double prod Prime Vidéo / Disney+ inédite, de l’arrestation au Maroc d’une distributrice, de la différence des formats au cinéma, d’une pensée sur la fin des bandes-annonces comme on les a connues, de court-métrages donc et plus encore.
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
(On vous souhaite une meilleure semaine que celle qu’a vécu Simon…)
Comme vous le voyez, il y a un film qu’on aime particulièrement cette semaine. En vérité, nous sommes immensément fiers d'être partenaires d'Arizona Distribution, à l'occasion de la sortie en salles du Mystérieux regard du flamant rose. Un premier long-métrage chilien signé Diego Céspedes, parfaitement inclassable et récompensé par le prix Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes.
Situé dans une ville minière des années 80, ce film queer et radical organise un mariage d'influences multiples (du western au drame social en passant par la comédie musicale et le road movie). Autant d'identités de cinéma qui font écho à sa galerie de personnages pittoresques, croqués avec beaucoup de tendresse. Et en prime, le film réussit un exercice ô combien périlleux : celui d'évoquer, sous l'angle de la fable et de la parabole, les premiers ravages du SIDA dans les communautés LGBTQIA. Bouleversant, engagé et définitivement singulier : on ne peut rester insensible devant ce regard novateur, qui nous rappelle que les territoires de cinéma restants à explorer sont encore nombreux.
Cette semaine, c’est léger puisque seul Arthur avait un truc à vous partager : ce dernier a pris beaucoup de plaisir devant Ô delà, le nouveau spectacle remarquablement bien capté pour Canal+, toujours efficace et qui enchaîne les vannes à une vitesse déconcertante.
(À retrouver sur Canal, logiquement)
L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage par rapport à une adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça parait contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).
Et cette semaine, nos Josiane ont pu découvrir une nouvelle version de l’émission d’Arthur. Ce dernier invite désormais une personne aimant autant que lui un film considéré comme une bouse, et le décortique à deux.
Ce premier test se concentre sur un film qu’a évoqué pendant des années Simon à Arthur, à savoir Time Out d’Andrew Niccol, avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried. Et qui de mieux pour défendre ce blockbuster marxiste traité de film naïf mais d’une pertinence politique rare, que ce cher Simon.
30 minutes à défendre l’indéfendable donc, tout ce qu’on aime.
Chaque semaine, on scrute le programme télé ou des nouvelles arrivées sur les plateformes de streaming pour vous trouver un film qui serait passé sous votre radar. Parce qu’il n’y a pas que l’Amour est dans le pré dans la vie, et que les gros blockbusters, ça va deux minutes.
Et on a découvert pour le bien de l’écriture de cette newsletter le canal 20 de la TNT, à savoir TF1 Séries Films. Une nouveauté qui peut avoir son lot de pépites, comme cette semaine puisque ce lundi 23 février à 21h10, si vous vous ennuyez et ne savez pas quoi mater, il est possible que Tom Cruise et Tony Scott aient rendez-vous avec le bitume.
Oui parce que Robert Duvall, c’est les deux premiers Parrains, Apocalypse Now, Conversation Secrète, Network, et tellement plus. Mais l’acteur qui vient de nous quitter avait aussi une place riche dans le cœur des cinéphiles des années 90 avec un film trop mésestimé, qui n’a rien à envier au récent F1 tant les scènes de courses impressionnent de réalisme et d’immersion, avec un Tom Cruise pre-Mission Impossible.
Difficile de ne pas être conquis.
Cette semaine, on se replonge dans nos souvenirs d’enfance, les origines de la noirceur chez certains d’entre nous, et une des familles les plus célèbres du septième art. Pas dysfonctionnelle, mais différente, radicalement différente.
(on sait que vous avez la chanson en tête…)
Alors qu’il ressort en salle dans une version remasterisée assez sublime il faut le dire, on profite d’un épisode patrimoine pour se pencher sur la relecture moderne (des années 90 en tout cas) de la Famille Addams. La quintessence du film des années 90, surfant sur le morbide à la Tim Burton mais proposant un spectacle familial aussi drôle que bizarre. Culte, en fait.
On se replonge sur l’Histoire de la saga, le passé de son cinéaste Barry Sonnenfeld et plus encore dans un épisode patrimoine disponible sur toutes vos plateformes de streaming ou de podcast le 24 février prochain.
Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, on aimerait pointer un truc du doigt.
Vous savez depuis plusieurs semaines que l’on tient désormais un compte Letterboxd RST, où l’on rentre tous nos films de la semaine, en plus de pléthore d’autres choses. Mais dans le lot, ce qui est plutôt pratique, c’est d’avoir un seul endroit où retrouver tous nos “homeruns”, nos vrais coups de cœur unanimes.
On n’en compte que 54 depuis le lancement de l’émission il y a à peine plus de 3 ans maintenant, des films qu’au moins 3 personnes ont vu et qui n’ont pas une note en dessous de 4/5. Le dernier, cela ne vous surprendra pas, est donc Le mystérieux regard du flamand rose, mais il y en a pour tous. Genre vraiment, ça va de Baise-en-ville à The Rip en passant par pas mal de films cannois.
(que des bangers)
Bref, une jolie sélection, dont certains titres vous ont peut-être échappé et qui mérite toute votre attention.
Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos réseals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcast préférées et la semaine prochaine dans votre boîte mail.
Et gloire aux réalisatrices.