Quels films défoncés par la critique et ayant bidé au box-office deviendront cultes dans les années à venir ? La réponse par 5 (ou presque)

N'est pas Fight Club qui veut — mais le débat est ouvert. Et dans un deuxième temps, Simon vous cause du meilleur film Mario, qui n'est pas le film Mario, réalisé par les sœurs Wachoski.

Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.

Au menu cette semaine, des films détestés aujourd’hui mais célébrés demain, , une petite semaine de sorties en salle, plein de recos, de l’amour pour un Spielberg mal-aimé, des marionnettes d’heroic fantasy et plus encore.

LES ACTUS DE LA SEMAINE

Toutes les semaines, nous essayons de répondre à vos questions envoyées sur notre mail 3615sanstrucage@gmail.com dans notre épisode du lundi. Parfois, la newsletter est un meilleur moyen de réponse. Il se trouve qu’une certaine Alice nous a demandé notre avis sur un jeu qu’elle fait avec le réalisateur et le chef op d’un film sur lequel elle travaille, pour trouver quel serait le film culte de demain.

On répondra un peu plus premier degré la semaine prochaine car le jeu que propose Alice est assez précis (en gros, chef d’œuvre populaire qui sera étudié en école de cinéma dans les années à venir), on se disait que c’était l’occasion de se poser la question des films devenus cultes sur le tard. Vous savez, des Fight Club ou autres, qui ont été défoncé par la critique à la sortie, ont plutôt bidé en salles mais sont désormais considérés comme des monuments.

On s’est creusé la tête et on en a trouvé un chacun, plus ou moins sérieux. Voilà nos propositions :

Arthur : Megalopolis, de Francis Ford Coppola (2024)

J’ai hésité avec Babylon mais, de par sa fanbase déjà conséquente, celui-ci est déjà dans la catégorie des films devenus cultes. Je voulais alors citer Eddington mais le film a été très bien reçu par la presse — je pense quand même qu’il va devenir une pierre angulaire des films qui permettent de comprendre le passé dans les années à venir. Perdu sur des listes de films, une évidence m’est apparue : plus personne n’évoque Megalopolis.

Projet pharaonique d’un cinéaste parmi les plus grands, à la réputation sulfureuse et complexe, le film s’est fait démolir à Cannes, et a subi un sort fort triste au box-office à travers le globe. Pas une première pour papy Coppola, mais le coup est dur pour celui qui avait investi une grande partie de ses propres deniers pour financer sa folie (on parle de plus de 100 millions de dollars sortis de sa poche).

Et c’est là que se joue l’affaire. Le bonhomme a déjà vécu ça avec Coup de cœur, regardé de haut pendant des années et considéré comme culte aujourd’hui. Imaginez deux secondes que le cinéaste de 87 ans disparaisse avant de pouvoir pondre un autre film. Évidemment que ce qui sera alors considéré comme le dernier long-métrage de Coppola sera revu, commenté, analysé, scruté de toute parts.

On ne souhaite pas la mort du réalisateur, oh non. Mais que cette folie furieuse qu’est Megalopolis, aux expérimentations visuelles dingues, soit réévaluée, peut-être.

Alexis : Matrix Résurrections, de Lana Wachoski (2021)

Au milieu des sequels, reboots, requels, legacyquels et autres abominations nostalgiques dont seul Hollywood a le secret, Matrix Résurrections de Lana Wachowski faisait office de miracle. C'est peut-être pour ça que ce dernier a été aussi mal compris, même par les fans historiques de la saga.

Un vrai film de contrebandier, intelligemment méta, d'une sensibilité et d'un romantisme à fleur de peau. La cinéaste y questionne tout à la fois l'agenda capitaliste de Warner Bros., le culte démesuré dont bénéficie la trilogie originale et la transposition du jeu vidéo au cinéma, pour ne citer que ces quelques thématiques.

Espérons que le film soit un jour réhabilité pour ce qu'il est : l'un des derniers blockbusters d'auteur que nous ayons pu voir, et qui aurait dû, si le monde du cinéma tournait encore dans le bon sens, révolutionner la production américaine.

Simon : Pan, de Joe Wright (2015)

De nos jours, le lanterneau cinéphile paraît avoir oublié Joe Wright, mais en 2015, le cinéaste était une sensation en devenir, un créateur singulier que les studios hollywoodiens s’apprêtaient à s’arracher salement. Reviens-moi, Anna Karenine, Hannah, il avait suffi de trois films pour imposer sa voix unique, ses ambitions plastiques délirantes, et son goût pour l’iconisation turbulente de classiques. Et puis Pan.

Relecture du célèbre conte écrit par James Barrie au XIXe siècle, pensé comme l’ouverture d’une trilogie, ce retour aux sources azimuté du mythe de Peter Pan s’est salement planté au box-office. Reporté des mois durant, marketé en dépit du bon sens et moqué par la presse, le blockbuster a été vidé comme une truite avant même sa sortie.

Dommage tant il s’agit du meilleur film de son auteur, une rêverie hallucinée et hallucinante, dans un monde où l’enfance se referme sur ses personnages comme un mauvais rêve entêtant. Capable de marier avec une énergie électrique des influences aussi diverses qu’Akira, Superman, Nirvana ou une tripotée de fantasmes de fantasy, Pan demeure à ce jour un des derniers feux du Hollywood contemporain, qui semblait ployer alors sous son propre poids, décuplé par les appétits féroces d’une bande de super-héros numériques.

Sophie : Malignant, de James Wan (2021)

Malignant est un film étrange, presque malade, une véritable hallucination de James Wan. Il a souvent réalisé des films plutôt soignés ou classiques — on pense notamment à ses Conjuring ou même à Insidious — mais avec Malignant, on entre dans une toute autre zone. Ce film est mal-aimé, et pourtant le public devrait se réjouir d’avoir une œuvre aussi folle !

Le long-métrage pousse les portes du mauvais goût et de l’absurde, n’offre aucune ligne de dialogue véritablement cohérente, et malgré cela, c’est une œuvre sincère au potentiel de fun illimité. C’est à la fois une histoire de jumeaux, un récit d’hôpital psychiatrique, une quête impossible… et même de kung-fu. James Wan nous a offert l’un des films les plus généreux de ces dernières années. Je ne sais pas s’il faut le prendre comme un nanar ou un chef-d’œuvre, mais c’est indéniablement l’un des films d’horreur les plus atypiques de ces dernières années !

Même s’il y a un risque que vous n’aimiez pas ce film, croyez-moi : c’est une expérience assez inoubliable.

Nicolas : The Flash, d’Andrés Muschietti (2023)

The Flash, c'est un peu le chien battu du cinéma de super-héros : tout le monde lui a tapé dessus, et pourtant il revient en remuant la queue. Dix-huit ans de développement, une demi-douzaine de réalisateurs éjectés, un acteur principal qui a eu le temps d'accumuler des problèmes judiciaires dans quasiment tous les États américains avant même que le film ne sorte — et au bout de ce parcours du combattant hollywoodien, on se retrouve avec des bébés en CGI qui ressemblent à des morceaux de chair rose projetés contre un écran vert par quelqu'un qui venait de découvrir Cinema 4D. Le final, lui, atteint des sommets d'horreur visuelle qu'on croyait réservés aux cutscenes de PS2 : un pandémonium pixelisé où des dizaines de personnages iconiques de DC ressemblent à des NFT mal rendus dans un métavers abandonné. Le scénario, quant à lui, tient sur un Post-it froissé — maman est morte, le temps c'est compliqué, voilà.

Et pourtant. C'est exactement cette maladie-là, ce chaos assumé, cette conviction totale dans l'absurde, qui font de The Flash quelque chose d'unique. Un film qui n'aurait jamais dû exister, qui n'aurait jamais dû ressembler à ça, et qui pour ces raisons précises mérite peut-être d'être revu dans dix ans comme on regarde aujourd'hui Showgirls : avec tendresse, stupéfaction, et un verre de vin (ou plusieurs).



Licence matricielle, succès séminal, cœur palpitant de la culture vidéoludique, Super Mario est une œuvre légendaire, qui aura tanné les pouces de millions de joueurs. Et depuis quelques décennies, l’univers du plombier moustachu est également un totem de cinéma. Pas exclusivement en matière de productions pour adultes, mais bien de cinéma hollywoodien. 

Les plus vieux ont connu la marée noire inaugurale des adaptations vidéoludiques, Super Mario Bros. le film, circa 1993, abomination pelliculée restée légendaire, du fait de son statut de crachat inaugural. On vous en causait il y a peu dans un épisode de D’Après une histoire fausse, tant cette première tentative filmique de recycler un succès de jeu vidéo s’avéra une impasse. Trente ans et quelques centaines de millions de dollars plus tard, Hollywood, la société de production Illumination et des myriades de techniciens semblaient avoir trouvé la parade. C’est du moins ce que laissent à penser les scores au box-office faramineux de Super Mario et de sa suite Super Mario Galaxy.

(Mama mia…)

Oui, sauf que ce n’est pas tout à fait exact. La meilleure adaptation de Mario n’est ni celle qui rendit aveugle des millions d’innocents au début des années 90, pas plus que la franchise diaboliquement bien marketée cartonnant présentement, laquelle ferait passer une fourchette aiguisée pour un avenir oculaire miséricordieux. Non, le meilleur Super Mario au cinéma existait déjà depuis un bail, et est l’un des tous meilleurs films de divertissement de l’histoire du 7e art, doublé de la seule tentative sérieuse de transposer la frénétique démence de Mario Kart à l’écran.

Non, il ne s’agit pas de Persona d’Ingmar Bergman, mais d’un blockbuster à la sortie cataclysmique, qui compta parmi les productions les plus violemment méprisées des années 2000, réalisées par deux frangines de génie, habituée à être prises de haut par le public. On veut causer bien évidemment de Speed Racer, mis en scène par les sœurs Wachowski. Bide historique et gang bang critique, le film est pourtant la seule transposition de Super Mario digne de ce nom.

Alors je vois venir. Oui, Speed Racer est officiellement l’adaptation du manga éponyme, signé Tatsuo Yoshida, dont la fabrication remonte aux années 60. C’est exact. C’est indiscutable. Mais quand même. Impossible, alors que le dernier glaviot numérique d’Illumination fait subir aux prunelles de nos bambins ce que l’Allemagne fit à l'Allemagne, de ne pas voir comment Speed Racer sut composer une pure adaptation Marioesque.

Redécouvrir le film aujourd’hui, c’est écarquiller les yeux devant le génial agencement des couleurs, les aberrations de ses trouvailles, de ses gammes chromatiques, qui paraissent perpétuellement surgir d’un jeu 8 ou 16 bits snacké à la MDMA. On pourrait aussi laisser notre mâchoire se décrocher en redécouvrant certains costumes du pater familias du long-métrage, interprété par John Goodman, arborant fièrement polo bleu, salopettes et casquettes rouges, comme si de rien n’était. Mais surtout, c’est dans l’orchestration de sa dramaturgie, dans le déploiement sensoriel auquel il invite, que le film se fait fier défenseur de Mario.

On pourrait débattre à l’infini de l’origine exacte de la physique grandiloquente et absurde de l’ensemble, elle aussi compatible en diable avec les vertiges d’euphorie de frustration ou de dépassement digital de soi qu’engendrèrent, année après année, décennie après décennie, chaque itération de Mario.

Mais une fois encore, c’est peut-être ailleurs qu’il faut chercher la preuve de la descendance de la filiation moustachue de notre plombier préféré (et non, on ne parle toujours pas de votre cousin Hustave, celui auquel les clients et clientes un brin fatigués quoique électrisés par son débouchage de bonde, honorent de leurs étreintes filmées). Ce qui fait de Speed Racer un écho triomphant de l’amour d’au moins trois générations à Super Mario, c’est l’apparent chaos qui préside aux stimuli qu’il nous balance en travers des chicons.

Jugeons plutôt : Mario est le fruit de limitations techniques criantes, lesquelles contraignirent lourdement la grammaire et l’esthétique de l’ensemble.

Parce qu'on ne pouvait pas dans les dernières années du XXe siècle, représenter vidéoludiquement quoi que ce soit de réaliste, le héros emblématique de Nintendo s’est organisé un petit monde de tuyaux géants, de fleurs gloutonnes, de champignons et de carapaces bizarres. Un univers basé non sur une hypothétique cohérence interne, pas plus qu’une dramaturgie ou un scénario digne de ce nom, mais bien sur les sensations ressenties manettes en main par le joueur.

Et bien, c’est très précisément ce qu’ont accompli les frangines Wachowski, un film de course débordant de partout d’idées de mise en scène issues de l’influence du médium JV, mais surtout une chronique fiévreuse de course automobile totalement décorrélée de toute logique matérielle ou physique. Dans Speed Racer, les véhicules s’élancent, tournoient, explosent, éclatent, se dépassent et se déphasent sans tenir compte d’aucune véritable organisation cartésienne, mais dans une pure visée sensorielle. Une sorte d’accélérationnisme narratif et visuel qui fait de chacune de ses séquences un pur trip issu de la tradition initiée par Shigeru Miyamoto.

C’est ainsi. Si vous voulez vivre Mario, ses karts, sa folie, son euphorisante démence via le cinéma, il vous reste à (re)découvrir Speed Racer.

(Le fameux M de Mario, bien sûr, tout fait sens)

Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur la réalité du pluralisme de la sélection cannoise, le gros gloubiboulga bordélique de Marvel, un festival qui prend une décision forte face à une mairie RN, de l’aide pour un cinéma indé en difficulté, et plus encore.

LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE

Parce qu’une image parle mieux que mille mots…

(On est vraiment sur une toute petite semaine pré-Cannes…)

Pour entendre les débats, arguments et analyses de chacun de ces films, notre épisode hebdomadaire est disponible sur toutes les plateformes de streaming ou de podcast, juste ici.

LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE

Cette semaine, plein de choses. Vu qu’on n’a pas grand chose à se mettre sous la dent côté ciné, autant se faire plaisir sur le reste. Comme Simon qui a découvert ce texte, pourtant culte, de Sheridan Le Fanu, Le Baron hanté. Une réinvention du mythe de Faust en poche, très court et très efficace.

Ou Nicolas qui est addict à la série canular assez géniale Jury Duty sur Prime Video. On vous en dit le moins possible mais ça vaut clairement le détour.

Arthur, lui, continue de vanter les mérites de Superpoze, qui revient avec un projet original, Le disque de ma mère, à savoir la mise en musique en presque piano/voix de textes écrits par sa maman dans sa jeunesse.

Alexis enfin prend les devants concernant le nouvel album de Paul McCartney, et s’ambiance déjà devant un premier single, “The Days We Left Behind”, toujours composé avec beaucoup de beauté et de mélancolie.

(© 10/18 / Prime Video / Banville / Capitol)

L’ÉPISODE ABONNÉ•E•S SUPERCAST, RIEN QUE POUR VOUS

L’avantage d’être abonné•e•s à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage par rapport à une adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça paraît contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).

Cette semaine, Arthur fait appel à une voix que vous appréciez toutes et tous, à savoir Sophie, pour défendre le presque indéfendable : Hook, ou la revanche du capitaine Crochet, de Steven Spielberg. Si pour beaucoup, le film est une madeleine savoureuse, peu le considèrent à sa juste valeur — à savoir un grand Spielberg.

Pour écouter l’épisode, il faudra s’abonner à notre offre Supercast juste ici.

UN PEU DE PATRIMOINE ?

Cette semaine, on s’attaque à un gros morceau de l’heroic fantasy. La réunion de deux noms importants de l’Histoire du cinéma, d’un côté le créateur des muppets cultes Jim Henson et de l’autre le cinéaste culte Frank Oz, pour un film monstrueux dans tous les sens du terme : Dark Crystal.

Des créatures incroyables pour un projet faramineux qui a pris sept ans à voir le jour, pour devenir un pilier d’un genre inspirant les plus grands (Peter Jackson le premier), on revient longuement sur ce film maudit, fou, indispensable.

Épisode à découvrir dès mardi, et dès ce samedi 25 avril pour nos abonné•e•s Supercast.

LE BONUS HEBDO

Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, inspiré par la récente vidéo de La Manie du Cinéma déjà évoquée ici, Arthur se replonge dans son giga marathon horrifique d’Halloween dernier pour sortir une autre liste, différente de celles que vous avez l’habitude de trouver en ligne.

Un truc très simple, et très bête : 30 pays, 30 films d’horreur. Le meilleur de chaque territoire selon notre chroniqueur. Et c’est peu dire qu’il y a sûrement des choses là-dedans que vous ne connaissez pas — ou n’avez pas vues.

(Afrique du Sud, Allemagne, Angleterre, Argentine, Australie, Autriche, Belgique, Brésil, Canada et Chili).

Et sinon, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici.

Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos résals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcasts préférées et la semaine prochaine dans votre boîte mail.

Et gloire aux films presque déjà cultes.

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Par Réalisé sans trucage

À propos de Réalisé sans trucage

Réalisé sans trucage est un podcast crée en 2023 qui décrypte les sorties de la semaine chaque vendredi, traite de l’actualité du cinéma tous les lundis, et aborde un film de patrimoine tous les mardis.

Les abonnés Supercast ont en plus un épisode bonus chaque mercredi.

Le podcast est constitué d’Arthur Cios, Sophie Grech, Nicolas Martin, Simon Riaux et Alexis Roux.

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