20 films à voir, comme ça. C'est cadeau.
Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu cette semaine, des films qui méritent d’être sous vos radars, des Palmes d’or méconnues, un coup de cœur horrifique, une exposition sur le jeu vidéo, un jeu qui a donné une purge cinématographique, et plus encore.
Tous les ans, le grand public se concentre sur les grands noms de Cannes. Et c’est normal. Mais tandis que tous les regards seront jetés vers le casting bien français du Farhadi (Niney, Efira, Huppert, Cassel, et plus encore) et le James Gray avec Scarlett Johansson et Adam Driver, ou vers des films bien françouillet qui vont faire causer partout (le film sur Samuel Paty, ou sur De Gaulle, par exemple), d’autres films moins attirants de prime abord vont faire parler à Cannes. Ou a minima, vont intriguer les plus cinéphiles de la bande.
Si vous n’avez pas suivi de trop près la sélection de cette année, on vous présente 10 films en dehors de la Compétition officielle et des films connus/reconnus qui, on espère, fera partie des plus puissants de l’année.
Troisième long d’un cinéaste russe littéralement élève de Sokourov, qui a connu ses lettres de noblesse après le choc de la diffusion de son deuxième film Beanpole en Un certain regard en 2019 (reparti avec le Prix de la mise en scène mérité), mais son premier en anglais — accompagné de Barry Keoghan, Riley Keough, Harry Melling et Monica Bellucci (!). Une histoire de gosse qui veut faire du catch et qui va se retrouver au milieu des querelles de son père restaurateur, en gros. On est chauds.
Ça, c’est du film d’ouverture. Un certain regard démarrera par le nouveau film de la cinéaste derrière We’re all going to the world’s fair, et surtout la sensation I Saw the TV Glow. Un film d’horreur centré sur une jeune cinéaste travaillant sur un reboot d’une franchise culte et qui, en rencontrant la star de la saga (Gillian Anderson), vont être confrontées au lore de ce qui a fait le succès des films. Avec en bonus, un second rôle donné à Eva Victor, et vous voyez une équipe heureuse.
Au milieu des films de patrimoine et des documentaires, Cannes Classics est toujours l’occasion de découvrir un nouveau long-métrage de fiction. Comme avec le film détesté (et détestable ?) de Raphaël Quenard I Love Peru. Et comme cette année avec le projet très ambitieux de L’âge d’or, qui est un film historique qui mêlera tournage en prise de vue réelle, images d’archives et VFX complexes pour intégrer le casting (Souheila Yacoub, Vassili Schneider) dans lesdites archives. Intriguant, c’est le mot.
La nouvelle sensation horrifique française, deux ans après le choc The Substance, sera projetée à littéralement minuit le jeudi 14, et on peut s’attendre à une pépite. Une histoire de maladie, de sang, d’internes aux urgences débordés, et plus encore — avec un fort beau casting, constitué de Mara Taquin, Karin Viard, Kim Higelin, Sami Outalbali, Stefan Crepon, ou encore Sonia Faïdi —, par la cinéaste qui avait fait sensation à Clermont avec son court Dieu n’est plus médecin.
Il y a des CV un peu niche mais qui font saliver. Imaginez le premier long-métrage de l’acteur principal de l’incroyable Rotting in the Sun et de Charlie dans la série de Rachel Sennott I Love LA, connu pour ses sketchs en ligne piquants et qui a notamment été consultant sur Big Mouth, sur l’histoire d’un promoteur de soirée qui doit s’occuper de l’enfant qu’il ne savait pas qu’il avait. Ajoutez au fait qu’il joue le personnage principal, et qu’il sera accompagné de Diego Calva et Cara Delevingne (entre autres), et vous comprendrez pourquoi on est déjà assis en Debussy.
Si vous écoutez le podcast, vous connaissez l’amour d’Arthur pour le cinéaste roumain Radu Jude. Après une année 2025 folle (deux films en salle, Dracula et Kontinental ‘25, en plus d’une rétrospective à Pompidou), ce dernier revient avec un film produit par Saïd Ben Saïd et un casting en partie français contenant Vincent Macaigne et Mélanie Thierry, pour adapter l’œuvre d’Octave Mirbeau. Et vous croyez vraiment qu’on va rater ça ?
On a connu Marine Atlan chef op de talent sur des films visuellement à part, comme Nos Cérémonies, L’engloutie, le Ravissement ou encore Les reines du drame. On connaîtra maintenant Marine Atlan comme réalisatrice avec un premier long qui visuellement a l’air splendide, et sur le fond bouleversant. L’histoire d’un voyage scolaire d’une classe de Terminale à Pompéi de 2h30, sur fond d’acceptation, de retrouver ses origines, d’amour, et plus encore.
Vous ne connaissez peut-être pas les frangins Esiri, mais ça ne va pas durer longtemps. Les cinéastes nigérians débarquent avec un deuxième long ambitieux, puisqu’il s’agit d’une adaptation moderne de Mrs Dalloway située à Lagos, avec un casting plus que solide : Sophie Okonedo, David Oyelowo, ou encore Ayo Edebiri (qui disait beaucoup de bien du premier film du duo, Eyimofe, dans son interview dans le Criterion Closet).
Côté film d’animation, même si ça reste un peu maigrichon, on aura le droit à de bien belles choses. Côté Semaine de la critique, il y aura en ouverture l’adaptation du méga succès en librairie In Waves d’Aj Dungo. À la Quinzaine, un film japonais We are aliens qui a l’air fou. En Un certain Regard, le nouveau film de Louis Clichy, co-réalisateur des Astérix animés avec Astier, Le Corset. Mais s’il y a un dessin-animé qu’il ne faudra pas rater, c’est évidemment la comédie queer des studios derrière les Lascars (Bobbypills), parodie géniale sur une contamination du milieu gay d’une maladie rendant hétéro. La séance de minuit la plus génialement bordélique de 2026 pour sûr.
L’histoire est folle. Après l’assassinat du Che en 1967 en Bolivie, trois guérilleros parmi ses plus fidèles prennent la fuite pour survivre et essayer de rejoindre le Chili par les Andes. Un parcours de 2400 kilomètres, poursuivis par près de 4000 soldats, qu’ils racontent pour la première dans un documentaire mêlant archive et animation, et narré par Vincent Lindon en VF et Benicio del Toro en VO.
Parce qu’avant de démarrer un Festival de Cannes, rien de mieux que de regarder dans le rétroviseur. Profitons du marathon débile d’Arthur pour que ce dernier vous propose 10 Palmes que vous ne connaissez peut-être pas mais qui méritent toute votre attention :
Kalatozov est souvent cité pour son Soy Cuba et ses célèbres plans-séquences dingo. Sauf que six ou sept ans avant, son galop d’essai était encore plus imposant. Sur le papier, Quand passent les cigognes n’est qu’une histoire d’amour déchirée par la guerre et une amitié mise à mal par l’apparition d’un triangle dans cette relation. Sauf que le cinéaste soviétique fait de la magie, il innove. Il invente des méthodes pour filmer, au hasard, un couple montant un escalier en colimaçon (le cadre nous a fait vriller). Les images sont toutes plus virtuoses les unes que les autres. Le tout sur un récit bouleversant. La fusion parfaite du fond et de la forme. L’une des plus belles Palmes, dans tous les sens du terme.
Il y a des films plus grands qu’eux. Underground est un film qui raconte l’histoire d’une nation, d’un pays traversé par trois guerres en 50 ans (deux frontales, une sous-jacente), à travers un simple triangle amoureux, en trois parties (la première drôle et originale, la deuxième intrigante et difficile, la troisième bouleversante à faire chialer 20 minutes après la fin du générique), qui manie un réalisme brutal à un onirisme presque fantasmatique. Un film rempli de vie mais imbibé jusqu’à la moelle de mort. C’est une leçon, ni plus ni moins.
« Gnagnagna, comment on n’a pas pu donner une Palme ex aequo face à Apocalypse Now ? Encore pour un film que personne ne connaît… » Ce type de commentaire, trop lu ou entendu à travers les années, ne peut être dit que par des personnes n’ayant jamais vu ladite Palme. Ce n’est pas possible autrement. On ne peut pas ne pas être estomaqué par la proposition dingue de Schlöndorff, par ce Benjamin Button inversé à la morale contestable mais qui explose toutes les attentes en plein vol, toutes les 10 minutes. C’est une grande proposition de cinéma, d’un cinéma qui n’existe plus et qu’on regrette.
Rares sont les films capables de nous faire ressentir plusieurs émotions en même temps. Alors imaginez un film qui pourrait vous en faire ressentir autant que possible ? De l’amour, de la pitié, de la tristesse, de la colère, avec un fond d’amusement et d’envie de vengeance ? Comment Mike Leigh et son histoire de femme qui retrouve, par hasard, sa vraie mère qui l’a abandonnée à la naissance (et qui n’a pas la même couleur de peau) peuvent à ce point nous atteindre ? Quel est son secret et pourquoi personne ne se penche pas plus dessus ? Trop de mystère.
Les larmes. Les larmes de la beauté de la vie. Les larmes de la vraisemblance d’une histoire d’amour aussi simple que déchirante. Les larmes d’un homme qui assume pleurer souvent, régulièrement. Les larmes d’un film si simple, faussement simple, qui est si beau et fort. On ne l’avait pas vu venir, et on en est ravis.
Film rare, rarement montré, rarement discuté, mais ô combien puissant. On est au début de l’ère Pacino (il vient de faire Le Parrain, qui n’était autre que son troisième long pour rappel, et s’apprête à commencer sa collaboration avec Sidney Lumet). Schatzberg l’a déjà fait briller en junkie à New York, il peut bien le montrer en petit comique nomade (vous avez dit contre-emploi ?) qui traverse les États-Unis avec un comparse croisé par hasard – Gene Hackman, rien que ça. Les laissés-pour-compte, les marginaux. Ceux qui peuplent réellement le pays mais que le cinéma a du mal à mettre en avant. Et que Schatzberg sublime, sans être naïf non plus. Loin d’être le film classique qu’il semble être.
On cite souvent Z, jamais Missing. Alors que bon Dieu, Costa-Gavras l’a pas volée, cette fichue Palme. C’est quand même dingue de réussir à faire un film qui est typiquement dans ses codes – un thriller politique sur la répression d’un État face aux individualités, et aux complicités de part et d’autre –, et d’en faire tout autre chose. Car plus qu’une histoire d’homme kidnappé par le nouveau régime de Pinochet, c’est aussi la confrontation entre deux mondes : les jeunes militants et la vieille classe qui refuse de croire aux complots. C’est une réflexion sur l’amour, ce qu’on est prêt à sacrifier pour le retrouver, et l’union que la déchirure peut former (oui, oui). Jack Lemmon ne pouvait être associé qu’à ses Billy Wilder, et Sissy Spacek qu’à Carrie et Malick. Plus maintenant.
De prime abord, on ne pensait pas adorer ce film, drame classique du début des années 1960 de la France des campagnes. Et puis est arrivée une chose formidable : Alida Valli. L’actrice phare du Troisième Homme et du génial Les Yeux sans visage a débarqué pour nous foutre un gros poing dans le bide, avec un but unique : nous faire chialer. Ce n’était pas très difficile. En femme endeuillée qui pense reconnaître dans le SDF qui vient de débarquer son mari disparu il y a seize ans et qui n’aurait aucun souvenir de sa vie d’antan, elle livre une partition qu’on ne lui connaissait pas encore. Bouleversante, de A à Z. Et pas aidée par une très belle mise en scène, de très belles idées (le jukebox), et une écriture parfaite.
Oui, Camus exploite (consciemment ou non) un certain fantasme, une certaine vision du Brésil et de son exotisme. Non, tout n’a pas bien vieilli. Mais tout de même : un cinéaste français, de renom, qui adapte un mythe grec (Eurydice et Orphée), avec un casting noir (ce qui était, à l’époque, plus que rare), et qui va permettre à la bossa nova de traverser les frontières (!). Le tout avec des séquences surfant avec l’horreur, ou avec le documentaire – le réalisateur a réellement filmé des moments du Carnaval de Rio et les a incorporés dans le montage –, mais dont le fond est et reste une histoire d’amour. Non, c’est très, très fort.
Sur le papier, le film avait tout pour nous faire lever les yeux au ciel. Un écrivain grec à l’approche de la mort qui s’accroche à la vie après avoir rencontré un jeune migrant albanais qui lui fait revoir les fantômes de sa vie et de son passé. Et pourtant, la poésie d’Angelopoulos nous fait oublier le cliché que son scénario réussit à éviter assez facilement. Une œuvre imposante, et émouvante, qui donne envie de se plonger tête baissée dans la filmographie de son auteur.
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez nous suivre pendant toute la quinzaine du Festival de Cannes que l’on couvrira dans une émission quotidienne.
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
(Oui, le meilleur film de la semaine sort la semaine prochaine...)
Cette semaine, une seule petite reco. Arthur a testé et vous recommande l’exposition sur la musique de jeux vidéo à la Philharmonie de Paris. Une expo expérience, où vous pouvez passer pas mal de temps devant des écrans à tester des jeux vous-même — entre autres.
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Et s’il n’y aura pas d’épisode abonné•e•s le temps de la quinzaine cannoise, Simon continue son exploration des liens entre jeux vidéo et films et vous parle d’un grand jeu (et d’un moins grand film) : Max Payne.
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Chaque semaine, pas de bonus, pas d’épisode patrimoine ou actus, parce que, je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais il y a un Festival qui s’ouvre dans quelques jours et que ça va nous prendre tout notre temps et toute notre énergie.
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Et on se retrouve samedi prochain pour vous raconter à mi-parcours ce que vaut ce Cannes 2026.
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Et gloire aux bons films cannois, ceux qui nous font tenir.