Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu cette semaine pour le retour de cette newsletter hebdo, un décryptage tout en finesse (lol) du box-office, 10 plus petites sorties à surveiller pour cette fin d’année, plein de rattrapages estivaux, plein de recommandations, et plus encore.
LES ACTUS DE LA SEMAINE
C’est la rentrée ! A l’issue d’une parenthèse estivale étouffante, débouchant sur un retour pas moins suffocant aux mauvaises habitudes, vous avez été nombreux à nous questionner sur l’état de santé du cinéma, la fréquentation des salles, vous interrogeant souvent sur comment et pourquoi cet été a pu paraître battre en brèche plusieurs diagnostics. Réussite éclatante de L’Odyssée, succès phénoménal de Spider-Man : Brand New Day, remontada Gaullienne de De Gaulle, les tristes sires en auraient donc été pour leur frais.
Pour autant, on verra que ces indiscutables exploits au box-office ne témoignent peut-être pas tant d’un retour en force des matadors habituels de l’industrie, et peuvent être appréhendés comme autant de séquoias snackés au glyphosate, dissimulant mal une forêt en pleine reconfiguration.
L’Odyssée traduirait-il le retour en grâce des auteurs hollywoodiens ? Avec son milliard et demi de dollars de recettes aux premiers jours de septembre, on pourrait être tenté de l’affirmer. Ce serait oublier bien vite le flop encore tiède de Disclosure Day de Steven Spielberg ou celui, moins cinglant et pas beaucoup plus encourageant de La Fin d’Oak Street, ainsi que la proéminence des plateformes, qui demeurent tantôt le refuge ou le mouroir de quantités d’auteurs Etats-Uniens. Et ce n’est pas la mue annoncée de David Fincher en exécutant Tarantinien pour le compte de Netflix qui prouvera le contraire.
Christopher Nolan est un des derniers, pour ne pas dire le seul, auteur nord-américain capable d’attirer à lui des castings et budgets conséquents, ainsi qu’un public massif. Son Oppenheimer en constituait une preuve éclatante et peut-être encore plus incontestable que l’adaptation du poème épique d’Homère.
Spider-Man : Brand New Day et ses plus de deux milliards de dollars amassés dans le monde contredisent-ils la lassitude capée, la “super hero fatigue” pronostiquée, annoncée ou redoutée depuis plusieurs années ? Pas nécessairement. Quelques semaines avant sa sortie, Super Girl a pris son envol avec la grâce d’un pigeon flambé au vermouth du côté de Château Rouge. Peut-être le planétaire succès de L’Homme-araignée a-t-il plus à voir avec le statut bien spécifique de ce personnage, tout bonnement le plus populaire des écuries Marvel et DC réunis. Fort d’un héritage au box-office quasi-jamais contredit et d’un statut à part, son existence cinématographique ayant débuté sous la houlette du génial Sam Raimi, lui confère un statut de champion du box-office, de star populaire et de véhicule à putain de bons films.
N’oublions pas non plus qu’après une série de bides absolument fracassants sur grand écran et via le format sériel, Marvel a drastiquement réduit la voilure de ses productions, tout comme DC/Warner, dont la précédente itération d’univers étendu s’est achevée en forme de cataclysme économique et artistique. Dans ce contexte, voire le super héros le plus populaire de ces dernières décennies continuer de rassembler n’a rien d’un bouleversement.
N’oublions pas non plus que l’inflation, à l’international mais notamment aux Etats-Unis a pour effet immédiats de gonfler des chiffres relatifs aux recettes, et pas au nombre de spectateurs.
Quant à De Gaulle, les médias auront chroniqué tout l’été le retour en grâce d’un diptyque un temps annoncé comme un échec retentissant. Entendons-nous bien : le bouche à oreille accompagnant les deux longs-métrages relève bien d’un sacré miracle et tour de force marketing. Après une semaine inaugurale sous les 400 000 entrées pour le premier volet, rien n’annonçait un score final pour les deux métrages au-delà des cinq millions d’entrées.
Les productions parvenant à gagner des spectateurs au fil des semaines sont rares, celles qui réussissent à inverser une tendance négative initiale sont exceptionnelles et celles capables de maintenir cette remontée plusieurs mois durant d’authentiques miracles.
Portés par un bouche-à-oreille ultra-positif, une campagne marketing qui aura eu l’intelligence de prendre le contrepied de ses orientations premières (d’aucuns gardent un souvenir ému et teinté d’effroi de ces premières affiches au lettrage illisible prenant la forme d’une croix de Lorraine), les De Gaulle ont remonté la pente. Ils furent d’ailleurs bien aidés par une presse suivant le phénomène et le traitant peu ou prou comme une sorte d’avènement divin qui aurait fait passer Bernadette Soubirou pour une vulgaire influenceuse en Natron.
Devons-nous pour autant en conclure que ce renouveau du gros cinéma à la papa produit par Pâthé, alternant franchisation des classiques du patrimoine littéraire et paluche nationaliste a trouvé les faveurs du public ? Pas franchement, ou pas tout à fait.
En effet, cinq millions de spectateurs seront très loin d’être suffisants pour permettre au film d’espérer rentrer dans ses faramineux frais (pour rappel, le budget des deux volets est estimé à 75 millions d’euros). Alors que le blockbuster entame sa carrière internationale, il pourrait néanmoins trouver encore de l’oxygène. Reste à savoir si les bosniaques, danois, néerlandais, sénégalais, slovènes, marocains, croates et Tunisiens éprouveront pour le Grand Charles la même passion que nombre de Français.
Ainsi, ces succès, indiscutables, réjouissants, bienvenus, célébrés et peut-être un poil soutenus par une canicule transformant les salles obscures en havres de fraîcheur, ne contredisent-ils peut-être pas les tendances préoccupantes qui inquiètent l’industrie depuis de nombreux mois.
Mais on croit ici que derrière eux se trouvent une nuée de signaux de sorties, de succès, tout aussi significatifs et indicatifs, dont on vous causera la semaine prochaine. Des réussites moins instantanément mirobolantes, qui laissent entendre que Soudain, quelques Obsession pourraient bien être Tombé du Ciel.
On sait que la fin de l’année sera portée d’un côté par des giga blockbusters façon Dune/Avengers/Hunger Games et autres bourinneries, ou des films cannois qui vont se déployer semaines après semaines.
Heureusement, il n’y aura pas que cela. Et dans le lot de semaines sorties plus que bouchées qui nous attendent d’ici à 2027, on trouve pléthore de petites pépites qu’il ne faudra pas rater. La preuve par 10 :
Rose, de Markus Scleinzer — 9 septembre
Déjà mentionné dans la newsletter du 28 février, le retour du cinéaste autrichien derrière Michael, passé à Cannes en Compétition officielle en 2011, avait de la gueule. Sa photo en noir et blanc façon Ruban Blanc, son pitch sur une soldate balafrée se travestissant en homme aux lendemains de la Guerre des 30 ans (1618-1648), et l’interprétation de Sandra Hüller récompensée d’un prix à la Berlinale 2026, on peut être ravi que KMBO ait mis le grappin dessus pour une sortie salle qui devrait faire l’évènement.
Les contrebandiers, de Padraic McKinley — 16 septembre
On vous en parlait dans notre newsletter du 7 février dédié aux films de Sundance nous ayant fait de l’œil, et on avait à peu près visé juste puisque ce drame sur un papa emprisonné dans un camp de l’Oregon en 1933 prêt à tout pour revoir sa fille va finalement débarquer chez nous — ce qui est loin d’être le cas de tous les films de Sundance. Pour celui-ci, on va être honnêtes : nos attentes sont hautes.
Primetime, de Lance Oppenheim — 23 septembre
Si vous faites partie des rares personnes à avoir regardé l’an passé le glaçant documentaire de David Osit, Predators, vous êtes déjà familier avec l’effroyable émission de télé américaine To Catch a Predator — pour les autres, il s’agissait d’un programme où des jeunes se faisaient passer pour des mineurs draguant des pédophiles pour les piéger en direct. Ce film, qui suivra Robert Pattinson dans le rôle de l’emblématique (et problématique) présentateur Chris Hansen, s’annonce glaçant — et sent bon l’Oscar pour Robbie.
Kraken, de Mohamed Chabane et Théo Jourdain — 30 septembre
Dans le genre des films d’épouvante made in France post-Grave, il y a un genre que nous n’avions pas encore exploré : l’action horrifique. Le duo Chabane/Jourdain propose une tentative alléchante, qui va autant puiser dans la bourinerie que l’humour en passant par l’angoisse pure et la claustrophobie — entre autres. On dit déjà oui.
Wicker, d’Alex Huston Fischer et Eleanor Wilson — 21 octobre
Deuxième film de Sundance qu’on n’espérait pas voir chez nous autrement qu’en VOD et qui débarquera dans nos salles obscures — et on est très curieux. Il faut dire que ce conte médiéval sur une femme (Olivia Colman) qui commande à un fabricant de panier (Peter Dinklage) de lui faire un amant en osier façon Pinocchio mais sexy (Alexander Skarsgård), a de quoi pas mal intriguer.
Les yeux verts, de Fanny Liatard & Jérémy Trouilh — 11 novembre
Cela fait 6 ans qu’on se demandait ce que ferait ensuite l’incroyablement prometteur duo marseillais Fanny Liatard et Jeremy Trouilh après leur génial premier coup d’essai, le sous-estimé Gagarine. Ils reviennent avec un drame familial qui tirera vers le fantastique, puisqu’on y suivra une jeune fille de 11 ans, Chaya, qui est prête à tout pour réveiller son frère d’une sorte de coma, quitte à rentrer dans ses rêves.
Jupiter, d’Alexandre Smia — 18 novembre
On est sur une recette gagnante : un premier long d’un cinéaste prometteur, sur un script signé Thomas Finkielkraut (qui a déjà bossé sur Baron noir, Tapie ou le film Mercato), produit par Chi-Fou-Mi et donc Hugo Sélignac, sur un président français interprété par Denis Ménochet, qui doit faire face à une guerre nucléaire menaçant la France, le tout avec en plus André Dussollier, Reda Kateb, Ella Rumpf, Dominique Blanc, Céline Sallette, et plus encore. Pardon mais banco.
Le sabre des gardiens, de Yuen Woo-ping — 25 novembre
Après avoir chorégraphié certains des plus grands films d’action modernes (de Tigre et Dragon à Matrix ou encore Kill Bill) et réalisé le premier volet de la saga de comédie kung-fu culte Drunken Master, le maître du genre Yuen Woo-ping revient, à plus de 80 balais, avec un grand Wu xia pian réunissant pas moins de quatre générations de stars des arts martiaux, dont un certain… Jet Li ! Et avec aussi Tony Leung. On est bouillants.
Un peu avant minuit, de Nicolas Parisier — 2 décembre
Nicolas Parisier est passé par le thriller très BD à la Tintin (Le Parfum vert) ou le drame politique doux (Alice et le Maire). Il fallait qu’il passe au drame familial, et son nouveau projet, porté par Melvil Poupaud et un casting dingue (Chiara Mastroianni, Golshifteh Farahani, Anaïs Demoustier), sur un homme errant quelques jours à Paris avant d’aller voir le notaire suite à la mort de son père et alors qu’il est en plein divorce, nous fait de l’œil. Peut-être que le fait qu’il soit en compétition officielle à Venise aide, aussi.
Everybody Digs Bill Evans, de Grant Gee — 9 décembre
Évidemment que le premier long de fiction de Grant Gee allait parler de musique. Le documentariste est en effet connu pour le remarquable film autour de Radiohead et de leur album Ok Computer (Meeting People Is Easy), ou du film sur Joy Division, mais qui a collaboré avec Bowie, U2, et plus encore. Pour ce premier essai, le cinéaste raconte le moment où le légendaire pianiste de jazz Bill Evans (joué par Anders Danielsen Lie) découvre que le bassiste de son trio qu’il aime tant meurt tragiquement. Un film filmé en 16mm en noir et blanc, qui s’annonce sublime, et qui n’est pas reparti avec l’ours d’argent de la Berlinale de la meilleure réalisation pour rien.
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur ces deux cas, mais aussi
LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE
Cette semaine, pas mal de choses.
Arthur vous parle des trois disques qui ont fait son été. Un de rap (DA BING BROS MIXTAPE VOL.0 : À LA POURSUITE DU BING BRO !, de Randy), un électro (Lost in Another World, de James Ellis Ford) et un mi-jazz mi-house (Jazzthetics, de Divorce From New York). Voilà, comme ça, c’est cadeau.
Simon, en bon fayot en ami fidèle, voulait revenir sur la sortie littéraire la plus importante de cette rentrée : un certain Nicolas Martin a sorti le 3 septembre son deuxième roman, un tragédie en 5 actes autour d’une famille et de la mort du patriarche, qui s’annonce farouche et rude, Je ne suis pas venu apporter la paix. Le ton est donné.
Nicolas enfin, voulait revenir sur la série que vous avez conseillé au lancement de sa saison Sophie il y a quelques mois maintenant, Widow’s Bay. Tous les épisodes sont disponibles, et c’est véritablement un objet unique en son genre qu’il nous faudrait rater pour rien au monde.
L’ÉPISODE ABONNÉ•E•S SUPERCAST, RIEN QUE POUR VOUS
L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage sur adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça paraît contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).
Cette semaine, Simon revient sur l’Odyssée de Christopher Nolan. Et plus précisément sur le travail d’adaptation de l’œuvre d’Homère, qui peut agacer certains mais qui est très cohérent dans l’univers du cinéaste.
Pour écouter l’épisode, il faudra s’abonner à notre offre Supercast juste ici.
LE BONUS HEBDO
Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, Ameline, qui nous fait le plaisir de combler l’absence de Sophie et Alexis, nous propose 10 films qui la définissent. Histoire de mieux savoir à qui vous avez à faire.
Une liste à retrouver ici. Et sinon, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici.
Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos résals socials (Instagram, Bluesky ouTikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcasts préférées et la semaine prochaine dans votre boîte mail.
Et gloire à la rentrée.
