Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu cette semaine, notre wishlist crédible pour la Mostra 2026, la traditionnelle faible semaine pré-Nolan, des recos, une analyse de mise en scène de tribunal, une ruée étouffante à Los Angeles, et plus encore.
LES ACTUS DE LA SEMAINE
On entend presque les cigales claquetant alors que le soleil tape fort, en fond le Tour de France sur France 2 qui tourne aux côtés des pales du ventilateur rafraîchissant autant que possible la moiteur de l’air ambiant, le bruit de la crème solaire sortant de son tube comme de la mayo, le crissement du plastique de la bouée des petits cousins, le claquotis métallique d’un superbe pointé d’un vieil oncle qui maîtrise l’art de la pétanque depuis ses 12 ans. Bref, comme nous le rappelle violemment cette troisième canicule (!), c’est l’été, et les vacances pointent le bout du nez pour beaucoup d’entre nous. Pas tous, malheureusement — et on pense fort à celles et ceux qui ne partiront pas.
L’été pour cinéphiles, ça veut dire les trois quarts du temps l’arrivée de quelques gros morceaux de cinéma avec des blockbusters, un Marvel, un Pixar, quelques films cannois, et des pépites au milieu de tout ça. Mais pour les quelques relous de la bande qui adorent suivre de près la saison des prix et donc des festivals, le début d’été est aussi synonyme de l’annonce de la sélection de la Mostra de Venise. Plus que Cannes, la Mostra est le symbole des films qui vont compter pour les différentes cérémonies. Puisqu’il accepte les films de plateformes, et que les grosses machines hollywoodiennes privilégient pour l’instant le Lido à la Croisette, on peut rêver d’y voir de belles machines.
La première chose à faire, avant de fouiller plus précisément dans les petits papiers des insiders et des line-up des différents distributeurs qui pourraient profiter d’une exposition vénitienne, il faut regarder les prédictions cannoises faussées. Parce que dans le lot, plein de films peuvent se retourner vers le deuxième plus grand tapis rouge du monde après une déception.
15/18 de Cédric Kahn
Par exemple, côté français, Un bon petit soldat de Stéphane Brizé (La Loi du marché, En Guerre) avec Vincent Lindon et Alba Rohrwacher, Milo de Nicole Garcia (Mal de pierres, Amants) avec Marion Cotillard, Artus et Théodore Pellerin, J’oublierai ton nom de Yann Gonzalez (Un couteau dans le cœur) toujours avec Vanessa Paradis, et 15/18 de Cédric Kahn (La Prière, Le Procès Goldman) sur des mineurs en hôpital psychiatrique pourrait être de la partie. Call Me Queen, le nouveau film d’Emily Atef (Plus que jamais, dernier film avec le regretté Gaspard Ulliel), qui est une production internationale, pourraient lui aussi être présenté à Venise, tout comme le prochain Florian Zeller (Father, The Son) avec Javier Bardem et Penélope Cruz, Bunker. Le cinéaste n’est pas français, le projet et son casting le sont ; After, le nouveau Serebrennikov (Leto, La disparition de Josef Mengele) porté par Louis Garrel et Guillaume Gallienne, pourrait être présenté également — sauf si le cinéaste russe veut garder sa cartouche pour Cannes 2027, mais bon, vu comme celui-ci est reparti bredouille presque à chaque présentation alors qu’il est particulièrement fidèle à Frémaux, on comprendrait qu’il veuille tenter un passage à Venise.
Côté international, le nouveau long de fiction de Werner Herzog (Aguirre, Fitzcarraldo), Bucking Fastard, avec les sœurs Mara, qui s’annonce bien glauque, et qu’on espérait voir à la Quinzaine des cinéastes, pourrait faire sa première au Lido. Même son de cloche pour le Nanni Moretti, spécialiste des films qui se font dépecer au Grand Théâtre Lumière (depuis sa très belle palme La Chambre du Fils en 2001, il a récemment enchaîné les projets foirés comme Tre Piano ou Vers un avenir radieux), qui devrait présenter Succederà questa notte, avec Louis Garrel (encore lui, oui). On est encore dans le flou pour l’Albert Serra (Pacifiction), Out of this world, avec Riley Keough et F. Murray Abraham, qui était trop long pour Cannes. Le sera-t-il pour Venise ? Et on entendait beaucoup de rumeurs autour d’Alpha Gang, nouveau long des frères Zellner (Sasquatch Sunset) avec un très gros casting — comprendre Cate Blanchett, Chris Pine, Dave Bautista, Léa Seydoux, Lily-Rose Depp, Adria Arjona, Bae Doona… Quid de Venise ? Même question pour I’m Still Alive, le film animé sur l’auteur de Gomorra Roberto Saviano, le nouveau India Donaldson (Good one) The Chaperones avec Cooper Hoffman, le Joel Coen avec Josh O’Connor, Jack of Spades, le premier long en tant que réal de Michael Cera avec Pamela Anderson, Love Is Not the Answer, Ink de Danny Boyle avec Guy Pearce et Jack O’Connell, ou même l’autre film qu’a dans ses cartons Kore-eda en plus du décevant Sheep in the Box, l’adaptation en live-action du sublime anime Look Back.
Ink de Danny Boyle
En dehors des espoirs cannois, il y a trois grandes inconnues. En premier lieu, Digger, le nouveau Alejandro Iñárritu (Birdman, The Revenant) avec Tom Cruise, gigantesque wagon à Oscars qui sortira fin septembre — une première trois ou quatre semaines en grande pompe serait logique. Mais la Warner pourrait adopter la même stratégie que pour Sinners et Une Bataille après l’autre et se passer de festivals, qui coûtent cher et peuvent amener à des déceptions comme Joker : Folie à deux ; une stratégie qui pourrait empêcher Jack of Spades d’être présenté par ailleurs — ne parlons même pas de Dune 3 du coup. Plus petit morceau, mais quand même, Tom Ford n’aura pas fini son nouveau projet trèèèèès attendu, le premier depuis 10 ans, Cry to Heaven, avec Nicholas Hoult, Hunter Shafer et pour la première fois à l’écran, Adèle. Enfin, le dernier grand absent est du côté de Netflix et du film dérivé de l’univers de Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino, The Adventures of Cliff Booth, réalisé par David Fincher et avec Brad Pitt. Il semblait évident que le long-métrage démarrerait sa campagne pour les Oscars à Venise, parce que Netflix, parce que Fincher. Selon Variety, le film ne serait pas prêt à temps pour être présenté là-bas.
Pour rester sur les rumeurs en dehors des espoirs cannois et pour rester sur Netflix, un titre pourrait faire du bruit : Here Comes the Flood, du brésilien Fernando Meirelles (La Cité de Dieu, les Deux Papes), thriller de braquage avec Denzel Washington, Daisy Edgar-Jones et Robert Pattinson. On peut aussi rêver d’un Ray Gunn de Brad Bird (Le Géant de fer, Les Indestructibles), le thriller d’animation le plus attendu de la décennie, également prévu par Netflix. Apple TV pourrait présenter les premiers épisodes de la saison 2 de The Studio de et avec Seth Rogen, qui avait été tourné en partie à la Mostra 2025. Et en dehors des plateformes, le festival négocierait pour choper quelques gros morceaux comme The Social Reckoning, sorte de suite de The Social Network, réalisé par le scénariste du premier Aaron Sorkin, et on est à peu près assuré d’avoir Wild Horse Nine de Martin McDonagh (Three Billboards, Les Banshees d’Inisherin) au casting XXL (John Malkovich, Sam Rockwell, Steve Buscemi, Tom Waits…). Restent en suspens le nouveau Justin Kurzel (Macbeth, Nitram), Burning Rainbow Farm, le nouveau Jesse Eisenberg avec Julianne Moore The Debut, le Tony Gilroy avec Pedro Pascal et Eva Victor Behemoth, Primetime de Lance Oppenheimer avec Robert Pattinson en Chris Hansen (ceux qui ont vu le documentaire Netflix l’année dernière sur To Catch a Predator savent), le Taika Waititi (Thor Ragnarok, Jojo Rabbit) avec Jenna Ortega Klara et le Soleil, un nouveau Paul Schrader ou même, rêvons un peu, une séance de minuit pour le Resident Evil de Zach Cregger ?
Il y aura évidemment des films italiens (on parle de Mario Martone et d’Andrea Pallaoro), des surprises, des pépites inattendues, et plus encore. Mais en attendant, cela donne un bon aperçu de ce qui pourrait nous attendre.
Vivement qu’on couvre le festival comme Cannes, en quotidienne, sur RST… L’année prochaine ? Wink wink, l’avenir nous le dira !
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur Netflix qui en a marre d’investir autant en France, les nominations aux Emmy Awards, la nouvelle présidence de la Cinémathèque française par notre reine Isabelle Huppert, la médiatisation trop faible du festival d’Annecy, et plus encore.
LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE
Cette semaine, Sophie vous incite à découvrir la saison 2 de Beef sur Netflix, qu’elle trouve meilleure que la première — et puis, bon, Oscar Isaac quoi.
Arthur, quant à lui, vous partage sa nouvelle obsession : le premier album de Linlin, artiste incroyable qui mêle house, rap et tellement plus. DISCO INFERNO, une petite tuerie qui va faire son été.
L’ÉPISODE ABONNÉ•E•S SUPERCAST, RIEN QUE POUR VOUS
L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage par rapport à une adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça paraît contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).
Cette semaine, Alexis revient avec sa Mise au point pour scruter de plus près la mise en scène d’un des premiers longs de Stéphane Demoustier, le réalisateur de Borgo, et plus récemment, de L’inconnu de la Grande Arche, qui revient cette semaine avec La Chaleur. Un film de procès malin, La fille au bracelet, et ce dès la scène d’ouverture en plan-séquence, que notre chroniqueur décortique dans cet épisode particulier.
Pour écouter l’épisode, il faudra s’abonner à notre offre Supercast juste ici.
UN PEU DE PATRIMOINE ?
Cette semaine, ça part rôder dans les rues de Los Angeles.
Alors que le film culte de William Friedkin ressort dans un magnifique coffret pour accompagner une ressortie 4K, on scrute et analyse Police fédérale, Los Angeles porté par les géniaux William Petersen et Willem Dafoe. Film miroir à French Connection, mésestimé, mais qui traite Los Angeles comme peu de films l’ont fait, et avec un nihilisme déconcertant.
Épisode à découvrir dès mardi, et dès ce samedi 11 juillet pour nos abonné•e•s Supercast.
LE BONUS HEBDO
Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, basiquement, on vous a fait une liste pour les films qu’on espère voir à Venise cités plus haut.
Et sinon, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici.
Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos résals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcasts préférées et la semaine prochaine dans votre boîte mail.
Et gloire à la Mostra, un jour, promis, on la couvrira pour vous.
