Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu pour cette dernière newsletter avant un peu de vacances, la jeunesse peut-elle sauver le DVD, un entretien avec le responsable de JM Vidéo sur les habitudes de consommation actuelles, un dernier tour en salle avant les vacances, des recos, on analyse un Fincher, on se plonge dans le monument de Tati, et plus encore.
LES ACTUS DE LA SEMAINE
Il y a plusieurs mois, le 23 février dernier pour être plus précis, un article du Los Angeles Times a fait grand bruit dans la petite communauté des cinéphiles. Sobrement intitulé, en français dans le texte, “Le DVD est le nouveau vinyle : pourquoi la Gen Z embrasse les médias physiques”, le texte ne résumait que ce que beaucoup d’aficionados des galettes savaient déjà, peu ou prou. La nouveauté, c’est que le journaliste avançait que la jeunesse s’appropriait maintenant ce médium et cet argumentaire.
Pour la faire courte, et pour résumer le sujet : avec la multiplication des services de streaming qui se cannibalisent et qui nous noient sous la quantité de films et séries à voir, tout en coûtant de plus en plus cher, et toujours sans la certitude que ce film que vous aimez tant et qui était sur Netflix hier y sera demain, le tout poussé par des algorithmes et non des humains eux-mêmes amateurs de cinéma, le DVD est une sublime porte de secours. Le film devient vraiment sien ; l’acte d’acheter un DVD permet de redonner de la valeur au choix du film qu’on va ajouter à sa bibliothèque ; les bonus permettent de développer sa pensée critique, et les éditeurs permettent d’ouvrir une bonne partie de leur clientèle à une certaine histoire du cinéma qu’elle ne connaîtrait pas forcément.
L’angle du LA Times était d’autant plus intéressant qu’il associait ce constat avec l’attachement d’une partie de cette Gen Z à Vidiots, l’un des derniers vidéoclubs de Los Angeles. De l’importance du lieu comme liant social, pour échanger autour de tel cinéaste ou de pépite que personne ne connaît. De l’avantage de louer un film plutôt que de l’acheter — ou de scroller pendant des heures sur un streamer. Et là où les ventes diminuent, de moins en moins certes mais tout de même, certaines enseignes et/ou éditeurs ont vu leur chiffre d’affaires augmenter en 2025 outre-Atlantique (Criterion notamment, Barnes & Noble également). Sans atteindre le niveau du ras-de-marée du vinyle, ce renouveau avait quelque chose de rassurant.
Mais alors quid de la France ? Dans la foulée, la journaliste Jennifer Padjemi a sorti un mois plus tard un article très intéressant sur Trois Couleurs intitulé “2026 : le grand retour du DVD”, qui partage ce constat chez nous. Je dois admettre être flatté que le Vidéo Club que j’ai co-créé en 2018 pour Konbini soit cité comme une émission qui a permis “d’installer cet intérêt au-delà d’une tendance passagère (…) à l’envie de découvrir des chefs-d’œuvre.” Aussi flatteur que ce soit, je pense que cette émission a accompagné un mouvement de réappréciation du format physique, plus que pour l’initier. Mais qu’importe.
Le fait est que quelques mois plus tard, début juillet, Sony a annoncé qu’à partir de 2028, plus aucun jeu PlayStation ne sortirait en physique, comprendre que la prochaine console n’aura sûrement pas de lecteur de disque (alors même qu’une grande partie des cinéphiles regardent leur film grâce à leur console), et dans un autre communiqué, que son usine de production de Blu-ray en Autriche, qui pondait 600 000 disques par jour, allait se recycler dans la production de microlentilles d’ici à 2027.
On passera outre les raisons économiques qui ont poussé Sony à prendre cette décision, pour s’intéresser au fond de cette dissonance cognitive — entre retour de l’attrait du disque, et sa mort anticipée par l’un des plus grands acteurs de l’industrie. Selon le Syndicat de l’édition vidéo numérique, le chiffre d’affaires du marché de la vidéo est en 2025 de 388 millions d’euros en France, dont 152 millions pour le physique, donc les DVD, Blu-ray et autre. Oui, ça veut dire que 235 millions d’euros ont été dépensés pour le marché de la VOD, des films loués ou achetés en numérique, ce qui peut sembler énorme. Par ailleurs, on notera que près de la moitié de l’offre en vidéo physique est composée de films de patrimoine. En parallèle de ça, on constate que l’UHD 4K représente désormais 20 % du chiffre d’affaires, une part en hausse d’année en année. Et c’est un point important.
Parce que la jeunesse est une chose à prendre en considération, évidemment. Mais ce n’est pas forcément celui qui achète les éditions les plus chères et en meilleure qualité, vu son prix. En tout cas, dans l’imaginaire collectif. Vincent Paul-Boncour, directeur de l’éditeur Carlotta, nous raconte ainsi :
“ Il y a plusieurs publics. Un qui veut uniquement le film, parce qu’il ne peut que le voir en salles, en VOD ou DVD/Blu-ray simple. Un autre qui veut plus que le film, et surtout un bel objet, à avoir, collectionner, chérir. L’avoir dans sa bibliothèque, évidemment, mais avec un souci général de la qualité des éditions, du master, des sous-titres français, des suppléments, qui est de plus en plus fort. Particulièrement sur le dernier support en date, l’UHD 4K, où l'excellence est demandée de la part du public.”
Évidemment que ces publics se mélangent par endroits, beaucoup même (aucune donnée statistique globale permet de l’affirmer pleinement néanmoins), et qu’une partie de la jeunesse s’attache aux plus beaux des formats malgré leur coût. Vincent nous le confirme, ce nouveau public plus jeune privilégie “du collector, des beaux objets, de belles choses”.
Nils Bouaziz, fondateur de Potemkine, semble faire un constat similaire :
“Les deux écoles coexistent, mais tout le phénomène de raréfaction de l'objet physique pour un produit culturel, fait tendre vers sa version collector. Donc oui (et c'est déjà le cas), les jeunes vont plutôt vers l'objet collector qui est naturellement lié à la culture de la collection. Et c'est avec le film dans un objet collector qu'ils ressentent vraiment une différence considérable avec le film dématérialisé (sur plateforme ou par piratage)”
Cela étant dit, les articles du LA Times et de Trois Couleurs se concentraient sur des boutiques ou éditeurs très urbains (de Los Angeles ou de Paris, en gros). Qu’en est-il dans le reste de la France ? On a interrogé la Fnac pour savoir se celle-ci constataient, eux-aussi, une augmentation, ou à défaut un ralentissement de la baisse des ventes physiques, et/ou un intérêt croissant chez les jeunes. Surprise : la chaîne fait le même constat que Carlotta et Potemkine à l’échelle nationale (pour l’instant).
“Nous commençons à constater l’intérêt de plus jeunes consommateurs (18-34 ans) pour le support physique, principalement pour l’UHD 4K et le Blu-ray ; c’est encore un peu tôt pour voir cette tendance se concrétiser chez nos clients plus âgés. Cet attachement au support physique se retrouve depuis plusieurs années dans d’autres catégories de produits, comme le vinyle. Sur le vinyle, ce sont aussi les jeunes qui ont lancé la tendance avant que celle-ci se généralise à toutes les tranches d’âge.
L’attachement à l’objet collector est indéniable, qu’il s’agisse de films récents ou de rééditions de films patrimoniaux. Même si les prix sont élevés, il n’est pas rare d’être rapidement en rupture sur ces formats à leur sortie. Les DVD et Blu-ray classiques continuent d’intéresser nos clients néanmoins.”
Il est vrai que les clients habitués au DVD d’une tranche plus âgée n’ont pas, en très grande majorité, fait la transition vers le Blu-ray. Parce que leur lecteur fonctionne encore, donc pourquoi en changer. Parce qu’ils ont leur habitude, et n’aime pas les modifier. Par facilité donc. Là où les 18-34 ans, pour reprendre la tranche d’âge cité par la Fnac, suivent de plus près les évolutions technologiques.
Il y a néanmoins un petit angle mort là-dedans : tout ceci ne prend pas en considération le marché de l’occasion. Que ce soit dans des boutiques spécialisées dans la revente de DVD, en ligne sur Vinted ou Leboncoin, ou ces bonnes vieilles brocantes, sans même parler des médiathèques dont les inscriptions ont vraisemblablement augmenté ces dernières années selon Trois Couleurs, il faut intégrer ces nouveaux éléments à l’équation de l’attrait pour le physique.
Concernant l’attrait pour l’occasion, Théo Bancilhon, gérant du vidéoclub parisien JM Vidéo, constate un autre rapport de la jeunesse au DVD. Lui qui loue ou vend des DVD pour une belle partie dans leur jus, raconte :
“Chez les plus jeunes, souvent plus précaires, la logique est différente. Il y a une volonté de se constituer une DVDthèque personnelle, faite de films de chevet. L’attachement au film prime souvent sur la qualité du support, même si la dimension matérielle reste importante.”
Parce qu’il ne coûte pas cher, le DVD d’occasion aide à se faire une collection en partant de zéro. C’est le cas de beaucoup d’entre vous qui nous lisez, on le sait. C’était mon cas quand, à 16 ans, j’ai commencé doucement à m’y mettre. Aujourd’hui que j’ai le budget pour et que c’est littéralement mon métier, je ne regarde presque plus les vieux disques d’occasion, pour privilégier l’objet neuf récent et sa qualité. Mais au départ, lorsqu’il s’agissait de découvrir The Shining, Fight Club ou Marie-Antoinette, celle-ci ne m’importait qu’assez peu. Peut-être faudrait-il faire un distingo entre les 15-25 ans et les 25-35 ans pour être plus précis niveau pouvoir d’achat — mais vous avez compris l’idée.
Neuf ou d’occasion, la jeunesse se réapproprie donc le format physique et c’est une excellente nouvelle. Surtout qu’à côté, les habitués des générations précédentes continuent à consommer à peu près comme avant. Néanmoins, il faudrait revenir sur l’occasion, car ce marché ne rapporte pas de revenu à l’éditeur initial. Si vous tombez par chance à Gibert sur un beau Blu-ray d’occasion de Carlotta ou Potemkine, ceux-ci ne toucheront pas un centime. Or, c’est pour cette raison précise que Sony veut arrêter la production de versions physiques pour ses jeux. Pour éviter les reventes de jeux qui ne génèrent aucun revenu à la maison mère. C’est le seul argument mis en avant par la firme japonaise, pas la baisse de vente des titres physiques — qui, on le sait, ne coûte pas tant à la boîte.
Cette décision, purement économique, ne prend pas en considération ses conséquences plus larges, alors qu’on voit un nouveau public débarquer, attiré par la physicalité des objets culturels, et que le marché peut reprendre du poil de la bête, et peut logiquement inquiéter. Mais selon Vincent de Carlotta, il ne faut pas forcément s’affoler :
“Évidemment, cette nouvelle est préoccupante. Même si SONY DADC n'est pas la seule usine à produire des galettes DVD, Blu-ray ou UHD, l'arrêt a priori de sa production serait une nouvelle donnée à prendre en compte par l'ensemble des éditeurs français. Après, le marché de la vidéo physique est bien présent, actif à travers le monde, notamment en France, en Angleterre et aux États-Unis donc il y a et aura des demandes et de la production pour d’autres usines de galettes.”
Même son de cloche du côté de Nils qui estime “qu’il y a de fortes chances pour que les prix de fabrication augmentent et donc les prix pour le public, mais ça ne va pas tuer le support physique pour autant”. Patrick Belz, président des éditions Arcadès, apporte même un argument supplémentaire :
“C'est un très mauvais signal, évidemment. Mais cela ne signe pas l'arrêt des lecteurs. C'est la demande en vidéo physique qui crée la demande de lecteurs, pas l'inverse. On a pu le constater avec le vinyle.”
Alors que le DVD va bientôt souffler sa trentième bougie, et que le Blu-ray vient de passer le cap des 20 ans, le format physique se bat pour sa survie. La jeunesse se l’approprie sous toutes ses formes, pour le plus grand bonheur des cinéphiles, des collectionneurs et du monde de l’édition. Reste à savoir maintenant si ce phénomène va se pérenniser comme celui du vinyle, ou demeurer un petit effet de mode sans lendemain — surtout si les prix augmentent à cause de la décision de Sony. L’avenir nous le dira.
Dans le lot des entretiens effectués pour cet article, il y en a un qui a été beaucoup plus long, complet et intéressant que je ne pouvais l’espérer. Après tout, vu l’angle du LA Times sur l’apport du vidéo-club, je ne pouvais pas ne pas interroger Théo, ancien employé de JM Vidéo devenu bigboss de la boutique, cité un peu plus haut dans l’article.
Vu l’ampleur de ses réponses, nous nous permettons de vous mettre l’intégralité de l’interview juste ici. Ce dernier revient pour nous sur ce phénomène de Gen Z pro-DVD, ce qu’il raconte de notre société et ses conséquences pour la boutique phare de l’Internet français.
RST : Est-ce que tu constates une augmentation des ventes ou des locations depuis quelques années, et si oui, as-tu une explication sur ce "retour" ? Est-ce que parmi tes nouveaux abonné•e•s, tu remarques beaucoup des jeunes ?
Théo Bancilhon : Une augmentation de la vente, oui. Incontestablement. Il faut préciser que la visibilité apportée par Konbini a généré une nouvelle clientèle, massive, jeune, et pas toujours parisienne. Cette clientèle a donc tendance à venir pour acheter et non pour louer. De fait, l’activité a connu une augmentation significative des ventes, pour la simple et bonne raison qu’avant, nous ne vendions pas, ou peu.
La location a tendance à se stabiliser après avoir chuté post-COVID. Un mécanisme assez logique puisque même les plus réticents de nos abonnés ont eu, en notre absence, l’obligation d’avoir recours à d’autres moyens pour regarder des films. Et ce, durant une période suffisamment longue pour que de nouvelles habitudes, conscientes ou inconscientes, émergent et s’inscrivent durablement. Mois après mois, année après année, l’envie de revenir au vidéoclub s’est mêlée à la curiosité de nouveaux clients de découvrir la démarche.
Il est intéressant de noter que la grande majorité des nouveaux inscrits ont moins de trente ans. Cette clientèle plus jeune vient compenser l’érosion logique d’une clientèle qui change ses habitudes, non pas les plus assidus, bien sûr, mais ceux pour qui, au fond, le vidéoclub n’était rien d’autre qu’une habitude nostalgique.
Pour moi, le constat lié à notre activité est clair. À mesure que notre activité évolue,@ la location devient une activité d’appel, qui fait notre image, notre renommée, notre particularité, tandis que la vente devient progressivement le moteur principal.
Il faut aussi ajouter que la quantité de films disponibles en boutique joue un rôle déterminant. Le fait de pouvoir réunir au même endroit plus de 50 000 films renforce l’idée que l’on peut venir chez nous pour trouver “les films de sa vie”, mais aussi ceux qui permettent d’accéder à un niveau de cinéphilie plus exigeant, plus curieux, plus exploratoire.
T'expliquent-ils cette volonté de revenir, à l’ère des plateformes reines, au physique ?
On constate que ça compte, notamment pour les jeunes qui vivent dans un environnement de plus en plus dématérialisé, de posséder les films qu’ils aiment. C’est en tout cas ce qu’ils nous disent.
Le mécanisme d’identification à un objet physique renvoyant à quelque chose qui nous a construits, via lequel on continue de s’identifier, et le cinéma a un énorme pouvoir d’identification, est un processus toujours aussi fort. Il n’est pas impossible que cette période de dématérialisation intense, accentuée par la période COVID, ait accéléré un besoin instinctif de se raccrocher à ce genre de choses. C’est une manière de dire qui on est, ce qu’on aime, et de pouvoir le partager concrètement avec les gens qui comptent.
Ce n’est pas pour autant que ces mêmes personnes abandonnent le streaming. Les usages cohabitent.
Je constate aussi une forme de mouvement plus militant. Le support physique est perçu comme plus écoresponsable, comme une alternative à la mainmise des plateformes, et comme une réponse à l’uniformisation des contenus. Sans oublier un point très concret : les films que ces jeunes cherchent ne sont souvent tout simplement pas disponibles en ligne.
Des applications comme Letterboxd ont d’ailleurs ouvert des perspectives immenses. On voit arriver des jeunes cinéphiles qui demandent des titres extrêmement obscurs, des films soviétiques, par exemple, jamais édités en DVD, avec une véritable volonté d’exploration.
J’entends aussi de plus en plus une forme d’inquiétude, une « petite musique » liée au monde dans lequel on vit et à l’incertitude de l’avenir. Une crainte de ne plus pouvoir accéder, demain, aux films qu’ils aiment aujourd’hui. Parce qu’on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait. Posséder les films chez soi n’est évidemment pas une garantie absolue — l’histoire l’a déjà montré — mais cela reste, pour certains, une forme d’assurance minimale. Une manière de préserver un accès, même fragile, à des œuvres qui comptent.
Est-ce que cela se traduit par des éditions chères, ou plutôt de vieux DVD ? L'idée est d'avoir des films qu'on chérit qu'importe la qualité, ou y a-t-il également une attache à la beauté de l'objet ?
Il y a plein de cas de figure. D’abord, il y a une question de moyens. Le support physique, à l’achat, demeure assez cher. Il faut donc avoir les moyens pour s’offrir les derniers 4K, des coffrets… tout un tas de produits dont les ventes sont en pleine croissance mais qui rencontrent un public plus âgé, en gros de quadra.
Cette clientèle un peu niche de collectionneurs, est très attachée à la qualité de l’objet, de la copie, et ne se satisfait pas des niveaux de compression des plateformes de streaming. Elle est à la recherche de bonus spécifiques. Il y a un côté un peu geek, mais ce sont clairement ces produits que nous vendons le plus, en tout cas s’agissant de la gamme des produits neufs.
Chez les plus jeunes, souvent plus précaires, la logique est différente. Il y a une volonté de se constituer une DVDthèque personnelle, faite de films de chevet. L’attachement au film prime souvent sur la qualité du support, même si la dimension matérielle reste importante.
On observe notamment un fort attrait pour le cinéma coréen, américain bien sûr, mais aussi pour des œuvres plus niches. Il y a par exemple une véritable hype autour de films comme Requiem pour un massacre ou House. Certains jeunes sont prêts à dépenser une somme non négligeable pour posséder ces objets.
Est-ce qu'il y a une maison, un éditeur, qui ressort plus que d'autres ? Des titres qui reviennent plus souvent ?
Il y aurait énormément à dire. D’abord, il faut dire que le support physique est un secteur profondément structuré en une multitude de niches. Les éditeurs travaillent de véritables lignes éditoriales, précisément parce qu’ils savent qu’il existe des profils de consommateurs bien identifiés, avec des attentes spécifiques. C’est un écosystème qui fonctionne par îlots, et chaque îlot tend à se renforcer à mesure que les publics se spécialisent et s’affirment.
On constate également, de manière globale, une volonté de montée en qualité. Ce n’est pas uniforme, il reste parfois un travail de pédagogie à faire sur les questions techniques, mais une partie croissante du public ne veut plus entendre parler du DVD, au profit de formats plus exigeants. Ce mouvement reste néanmoins paradoxal. Car, dans le même temps, on observe ce fameux retour du DVD. Moins pour la qualité de la copie ou même pour le simple fait de revoir le film, que pour le besoin de posséder l’objet. Ces deux réalités coexistent et finissent par se rencontrer, révélant toute la complexité du rapport contemporain au support physique.
Chaque année, certains films deviennent de véritables moteurs de vente. Des titres comme Arco ou Sirat se vendent extrêmement bien auprès d’un public large. Cela traduit un lien immédiat, sensoriel, qui s’est créé avec les spectateurs, un lien qu’ils veulent prolonger en possédant le film, pour le revoir mais aussi pour conserver cette relation à l’œuvre.
On observe aussi une très forte demande, notamment chez les jeunes, pour le cinéma asiatique. Certains éditeurs, comme Jokers, rencontrent un succès croissant. Les films de Wong Kar Wai, Park Chan-wook, Bong Joon-ho ou Kitano sont particulièrement recherchés.
Sans surprise, les grands classiques américains continuent de séduire de nouvelles générations. Des réalisateurs comme Cronenberg, Lynch, Fincher, De Palma ou Araki pourraient presque, à eux seuls, faire tourner la boutique.
Il existe également un lien fort entre la puissance esthétique d’un film et l’attachement qu’il suscite. Des cinéastes comme Lanthimos, Araki ou Anderson fédèrent de véritables communautés. Les spectateurs s’identifient à leur univers visuel, à leur langage, à leur imaginaire. Et posséder leurs films devient une manière de prolonger cette appartenance, de nourrir ce lien intime.
On voit même réapparaître des comportements presque typologiques : le jeune qui se construit une identité en achetant tous les films de gangsters américains, par exemple. C’est à la fois intime et performatif.
Au fond, le support physique redevient une manière de se raconter, à soi-même autant qu’aux autres. Une manière d’exprimer ses goûts, ses obsessions, son rapport au monde.
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où l’on reviendra sur les critiques un peu injustes de la communauté LGBTQIA+ envers Jim Queen, le rachat potentiel de Letterboxd, tout ce qu’il faut savoir sur l’IMAX de l’Odyssée, ce que nous raconte le box-office très en deçà du Vaiana live-action, et plus encore.
LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE
Cette semaine, Sophie s’est replongé dans 30 Rock, et aime trop son visionnage pour ne pas vous le recommander.
Simon évoque l’EUIPO, instance européenne pour les droits d’auteur et autre, et vous conseille de suivre de près ce qu’ils produisent sur ces points-là si ce sont des questions qui vous intéressent.
Maximillien, notre chroniqueur de la semaine, évoque deux concerts à ne pas rater à Rock en Seine cette année pour les cinéphiles : Djo, l’alias musical de l’acteur Joe Keery, et les Sparks, que beaucoup ont découvert avec le film qu’ils ont écrit (mis en scène par Leos Carax), Annette, ou le documentaire à leur sujet réalisé par Edgar Wright.
Arthur, vu la thématique de la newsletter, vous conseille de continuer à regarder des DVD. Ça peut paraître bête, mais il vient de découvrir un film grâce à ESC, Bubba Ho-Tep, complètement fou, et a redécouvert un film grâce au bonus, Sound of Falling. Deux exemples parmi beaucoup d’autres.
L’ÉPISODE ABONNÉ•E•S SUPERCAST, RIEN QUE POUR VOUS
L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage par rapport à une adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça paraît contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).
Pour ce dernier épisode abonné avant nos vacances, Alexis s’attaque à un très gros morceau puisqu’il va analyser la mise en scène d’un certain David Fincher, dans un film sous-coté mais pourtant prodigieux sur ce pan-là : Panic Room.
Pour écouter l’épisode, il faudra s’abonner à notre offre Supercast juste ici.
UN PEU DE PATRIMOINE ?
Cette semaine, on se replonge dans une France d’époque, d’antan. Enfin, celle des années 60, proto-futuriste à la sauce Tati, dans le chef-d’œuvre absolu, son film-somme, son monument : Playtime.
On profite du cycle proposé Carlotta qui ressort l’intégralité de l’œuvre de Jacques Tati en salle, pour se concentrer sur son projet le plus dingue, le plus vertigineux, le plus abstrait et le plus beau.
Épisode à découvrir dès mardi, et dès ce samedi 18 juillet pour nos abonné•e•s Supercast.
LE BONUS HEBDO
Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, parce qu’il nous a rejoints le temps d’un épisode et qu’il est un copain que vous avez déjà entendu plus d’une fois, on se permet de mettre en avant le compte Letterboxd de notre Maximilien d’Allociné national. Suivez-le : outre ses opinions toujours justes, son boulot fait qu’il voit beaucoup, beaucoup de choses et souvent en amont de leur sortie — un bon indicateur, donc.
Et sinon, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici.
Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos résals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcasts préférées et après un mois et demi de repos, de retour dans votre boîte mail à partir du samedi 5 septembre.
Et gloire aux vacances, surtout quand elles sont bien méritées.
