5 films de Spielberg à revoir avant d'aller en salle pour Disclosure Day

Et une petite piqûre de rappel sur le fait que l'extrême droite est l'ennemi de la culture, si vous en aviez besoin.

Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.

Au menu cette semaine, les Spielberg à rattraper avant d’aller voir Disclosure Day, l’extrême droite déteste la culture épisode 348734, des bonnes pelloches à voir dans les salles obscures, plein d’objets culturels pour enrichir votre week-end, du jus du cochon, un grand monsieur en osier enflammé, et plus encore.

LES ACTUS DE LA SEMAINE

Après plus de trois ans d’absence, tonton Steven is back ! Mais avant de découvrir le déjà très commenté Disclosure Day, une question se pose : quels films du maître faut-il revoir pour mieux situer son trente-sixième film dans le cours de sa carrière ?

RENCONTRES DU TROISIÈME TYPE (1977)

Évidemment, quand on pense aux aliens et aux secrets d’État qui les entourent, impossible de ne pas songer à ce film qui, sorti la même année que Star Wars : Épisode IV, a confirmé le virage d’Hollywood vers le blockbuster. D’ailleurs, Spielberg y a évidemment repensé pendant la fabrication de Disclosure Day. Il est en effet question, dans les deux films, d’une pulsion mystérieuse guidant les pas d’un personnage, d’une vérité cachée à la population générale et d’un émerveillement suscité par la découverte d’un nouveau pan de l’Univers. Si Rencontres du Troisième Type est indubitablement plus rêveur et léger que Disclosure Day, la filiation reste fortement marquée.

MINORITY REPORT (2002)

Si Spielberg n’appartient pas stricto sensu au courant du Nouvel Hollywood, il a de toute évidence gardé en mémoire les grands films politiques qui ont marqué cette époque. D’où cette formidable adaptation de Philip K. Dick, première collaboration avec Tom Cruise, où l’on retrouve le goût du complot infernal déjà traité par Alan J. Pakula, Sidney Pollack et consorts. Avec Disclosure Day, Spielberg renoue avec cette dimension paranoïaque et sinueuse qui lui sied très bien, avec toujours en ligne de mire le dévoilement d’une vérité susceptible de renverser l’ordre établi.

(Si cela vous intéresse, nous avions enregistré un épisode patrimoine sur le film en 2023).

E.T. L’EXTRA-TERRESTRE (1982)

Pour être complètement honnête, celui-ci relève d’une telle évidence que l’on pourrait s’abstenir de le citer, d’autant plus qu’à peu près tout le monde sur Terre l’a déjà vu au moins une fois. Et pourtant, il faut l’avoir bien en tête avant la découverte de Disclosure Day, dont l’antagoniste s’appelle Noah Scanlon, joué par un excellent Colin Firth. Et ce dernier, parce que totalement absorbé par sa fonction, au point de perdre la capacité de penser et de décider par lui-même, nous rappelle évidemment le personnage de “Keys”, ce mystérieux agent gouvernemental joué par Peter Coyote dans E.T. ; Keys finissait par se détourner de sa mission pour accompagner Elliot et son ami des étoiles jusqu’à bon port. Scanlon fera-t-il de même ? Mystère…

LINCOLN (2012)

Cela peut sembler très étrange de vous recommander, avant un blockbuster de SF à 115 millions de patates, ce biopic très américano-centré sur la figure d’Abraham Lincoln. Et pourtant, dans Disclosure Day, Spielberg interroge par la force des choses le bien-fondé des institutions. Jusqu’où le gouvernement peut-il bien aller pour assurer “la sécurité nationale” ? Le mensonge d’État est-il dans certains cas justifiable ? Ce questionnement politique et philosophique n’est pas anodin pour celui qui déjà, dans Lincoln, racontait un épisode sensible, et qui plus est réel, de l’Histoire des États-Unis. Soit le moment où cet homme, bientôt le visage iconique de la démocratie made in USA, choisissait justement d’en tordre les règles pour faire abolir l’esclavage.

LE BON GROS GÉANT (2016)

On termine par une reco de puriste, parce que oui, Le BGG est loin d’être un grand film, tant il s’embourbe bien souvent dans la mièvrerie et le mauvais goût. Cela étant dit, c’est encore aujourd’hui la seule collaboration directe entre Spielberg et Disney. Et le grand final de Disclosure Day nourrit sans l’ombre d’un doute une parenté évidente avec l’univers des contes de fées et de la firme aux grandes oreilles, quitte à décontenancer le public. D’ailleurs, Emily Blunt y fredonne les premières notes de “Un jour, mon prince viendra”, le tube interplanétaire (lol) tiré de Blanche-Neige et les Sept Nains.



Pendant ce temps, l’extrême droite…

Parce qu’il essuie depuis plusieurs années le feu nourri de la bourgeoisie radicalisée et de l’extrême-droite, parce qu’édiles, éditocrates, influenceurs ou anonymes ne manquent jamais une occasion d’appeler au tarissement de ses subsides par essence illégitimes, le secteur du cinéma a parfois l’impression d’être la cible privilégiée de ceux qui se voient sortir leur LBD sitôt le mot “culture” prononcé dans l’espace public. Hélas, l’attaque en cours est bien plus vaste et préoccupante, coordonnée, et réserve quelques coups redoutables à un autre secteur vulnérable, celui du livre.

Le deuxième quinquennat macroniste aura vu les porte-flingues d’une certaine rigueur budgétaire, celle qui s'accommode de presque 300 milliards répandus sur les entreprises hexagonales, mais voit rouge à l’idée que le secteur culturel bénéficie d’un quelconque soutien, se déboutonner comme jamais. À la tête de la région Pays de la Loire, Christelle Morançais aura ouvert les hostilités en retranchant pas moins de 100 millions d’Euros du budget alloué à la politique culturelle. Un choix qui en entraîna bien d’autres, légitimant par sa brutalité et son irresponsabilité bien d’autres coupes dans bien d’autres territoires. Le spectacle vivant en aura été la première et immédiate victime, nombre de compagnies s’étant avérées incapables de poursuivre leurs activités, de maintenir leurs effectifs, ou tout simplement de poursuivre leurs engagements en faveur des publics les moins exposés aux différentes offres culturelles.

On l’a chroniqué et déploré maintes fois sur cette antenne et dans ces toutes jeunes colonnes, l’industrie du cinéma fut subséquemment une cible privilégiée des idéologues. L’interminable simulacre de commission d’enquête dédiée à l’audiovisuel public, dont les conséquences mortifères commencent à peine à se faire sentir, prit le relais sans coup férir. Et si on a pu sentir ici et là un début de réaction, dont la tribune Zapper Bolloré ou la simili-bronca des ex-auteurs de Grasset constituent des expressions bienvenues, quoique maladroites et bien insuffisantes, le blitzkrieg anti-culture a pris ces heures dernières une nouvelle dimension.

Swann Arlaud, signataire de la pétition Zapper Bolloré et l'une des figures de gauche les plus vocales, dans le film sur la collaboration "Notre Salut"Swann Arlaud, signataire de la pétition Zapper Bolloré et l'une des figures de gauche les plus vocales, dans le film sur la collaboration "Notre Salut"

La dernière agression en date nous est adressée par le Sénat et vise spécifiquement la littérature. En effet, la droite sénatoriale, toujours désireuse de nous faire relativiser la valeur du bicamérisme ou le qualificatif de “sage” si fréquemment accolé au dos de ses élus, vient de préconiser purement et simplement la suppression du Centre National du Livre, le CNL. L’établissement tient un rôle central dans l’organisation du secteur de l’édition, concourant tant à sa structuration, au soutien des maisons les plus fragiles, récentes, ou innovantes, tout en travaillant à faire connaître en France et en dehors ses auteurices, nouveaux ou confirmés.

Comme le CNC, l’établissement est le fruit de complexités ou complexions administratives bien françaises, pourrait à n’en pas douter tirer bénéfice de transformations, d’aménagements, et autres évolutions à peu près indissociables de toute activité humaine. Mais il n’en demeure pas moins un moteur et un centre névralgique d’un secteur tant patrimonial qu’essentiel par et pour la vitalité du paysage culturel français. Pourquoi dès lors s’attaquer à un secteur dont on subodore qu’il n’engloutit pas autant de subsides étatiques que le secteur automobile (oui, c’est un euphémisme) et dont les droites de toutes obédiences sont si promptes à le désigner comme le cœur palpitant des arts français ? Qu’a donc fait la littérature à la droite ?

Rien. Ou vraiment pas grand-chose. On gagera ici que cette attaque cristallise trois dynamiques, équitablement mesquines et destructrices. Tout d’abord, le capitalisme en crise a fini par rompre progressivement avec l’un des vieux totems de la bourgeoisie libérale: le capital culturel. Celui-ci n’est plus guère valorisé, perçu comme l’héritage d’un monde ancien, qui peut bien s’écrouler. Peu importe le budget ou les bienfaits du CNL, il constitue simultanément un levier d’action et un thermomètre pour l’État, qui peut via cette structure agir par et pour le secteur du livre. L’amputer, c’est limiter la capacité de l’Etat, fut-il de gauche, d’avoir un impact sérieux, mesurable, sur tout un pan du champ culturel. Enfin, c’est abonder dans le sens d’une tronçonneuse à peu de frais, se payer le frisson de se la jouer Javier Milei à peu de frais. En effet, trancher dans le budget de la culture, des pratiques culturelles, c’est prêter le flanc à un certain récit de dépeceur sans vergogne, sans pour autant en assumer les risques électoraux, et sans regarder en face le spectaculaire fiasco que constitue la politique argentine.

Aujourd’hui comme hier donc, il devient urgent, vital, de s’emparer collectivement du sujet, de soutenir, rejoindre et renforcer les forces politiques qui choisiront d’autres voies, et feront de nos biens communs autre chose que l’objet d’une curée cruelle, dont les conséquences nous échappent encore largement.

Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur ces deux cas, mais aussi sur le retrait d’un film de Wim Wenders, du premier écran 70mm IMAX en France, de l’affaire De Gaulle (encore une), du retrait de Nadav Lapid du FID à Marseille, et plus encore.

LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE

Parce qu’une image parle mieux que mille mots…

Pour entendre les débats, arguments et analyses de chacun de ces films, notre épisode hebdomadaire est disponible sur toutes les plateformes de streaming ou de podcast, juste ici.

LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE

Cette semaine, Sophie vous conseille, ô surprise, une série. Mais quelle série ! Mélange de Stephen King et de Parks & Rec (!), c’est peut-être la proposition la plus intelligente et surprenante de 2026, et c’est sur Apple TV que vous pourrez découvrir cet incroyable Widow’s Bay.

Alexis, en bon JamesBondophile, a craqué et s’est offert 007 : First Light, le nouveau jeu d’IO Interactive (Hitman) qui raconte les débuts du plus célèbre des espions, en repartant de zéro. Un jeu qu’il décrit comme “le meilleur James Bond depuis Casino Royale”. Rien que ça.

Arthur, lui, vous propose deux disques passés un peu inaperçus. Le retour d’Ed O’Brien, guitariste de Radiohead qui revient en solo avec un album dur après une sévère dépression, Blue Morpho ; et aux antipodes, l’incroyable premier disque du collectif franco-polynésien 15 15, Marama, aux sonorités dancehall/electro/pop/zouk/rap. Gros programme.

L’ÉPISODE ABONNÉ•E•S SUPERCAST, RIEN QUE POUR VOUS

L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage par rapport à une adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça paraît contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).

Et cette semaine, nos abonné•e•s adoré•e•s ont pu subir une drôle d’expérience, c’est-à-dire entendre Arthur et son frère Louis (qui ont la même voix, ce qui provoque une écoute particulièrement étonnante) dire tout le bien qu’ils pensent d’un film injustement regardé de haut par 99% des cinéphiles du monde entier : Saw III. Tout à fait, vous avez bien lu.

Pour écouter l’épisode, il faudra s’abonner à notre offre Supercast juste ici. Mais si vous voulez vous faire une idée, un long extrait de l’épisode est disponibles pour tout le monde.

UN PEU DE PATRIMOINE ?

Cette semaine, on clôt la 4e saison d’Hurlequin avec un épisode enregistré en direct de la grande salle du cinéma Arlequin à Paris, pour parler paganisme, femmes dénudées, folk horror et osier.

The Wicker Man, monument du cinéma d’horreur qui déroge à tant de codes du genre et en a défini tant d’autres, avec un grand Christopher Lee, est décortiqué dans un épisode où est en plus invité Marc Orly de Lost Films, qui s’est battu pour que le film soit visible dans la meilleure version possible.

Épisode passionnant à découvrir dès mardi, et dès ce samedi 7 mars pour nos abonné•e•s Supercast.

LE BONUS HEBDO

Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, on vous incite à, et on ne pensait pas dire ça un jour, mais à regarder une vidéo sur Bigard. Alors attention, ce n’est pas n’importe quelle vidéo, et ce n’est pas juste parce que c’est Jean-Marie Bigard, mais le sens de la narration de ce cher Misterfox ne peut qu’attirer votre curiosité, même sur ce sujet et même pendant 1h45 (!).

Et sinon, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici.

Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos résals socials (Instagram, Bluesky ou TikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcasts préférées et la semaine prochaine dans votre boîte mail.

Et gloire à Steven, pour toujours.

De l'actu, du cinéma et le tout sans trucage

Par Réalisé sans trucage

À propos de Réalisé sans trucage

Réalisé sans trucage est un podcast crée en 2023 qui décrypte les sorties de la semaine chaque vendredi, traite de l’actualité du cinéma tous les lundis, et aborde un film de patrimoine tous les mardis.

Les abonnés Supercast ont en plus un épisode bonus chaque mercredi.

Le podcast est constitué d’Arthur Cios, Sophie Grech, Nicolas Martin, Simon Riaux et Alexis Roux.

Les derniers articles publiés