Chaque samedi, on décortique l’actu ciné de la semaine — et on parle de films, aussi.
Au menu cette semaine pour le retour de cette newsletter hebdo, ce qui se cache derrière les 5 films français pré-selectionnés pour l’Oscar du meilleur film étranger, la colère débile des fans de Resident Evil, plein de trucs à voir (ou pas) en salle, un jeu vidéo qui se la joue cinéma, un moto rouge à Tokyo, des recos et plus encore.
LES ACTUS DE LA SEMAINE
Tous les ans, c’est la même petite chanson qui tourne durant le mois de septembre : les pays du monde entier sélectionnent leur film candidat pour tenter d’atteindre le ticket gagnant des 5 finalistes, voire, de l’Oscar, tout simplement, du meilleur film étranger.
Certains ne se sont pas fait attendre, comme Soudain pour le Japon ou Les Braves de Lukas Dhont pour la Belgique, qui ont été annoncés assez tôt. Et on reviendra de manière plus exhaustive début octobre sur les premières candidatures, et celles qui ont le plus de chances de faire partie des nommés qui viendront fouler le tapis rouge du Dolby Theater le 14 mars prochain.
Mais la France dans tout ça ? On saura le 16 septembre le film qui a été sélectionné précisément, mais on connaît d’ores et déjà les 5 longs présélectionnés. Et on vous voit venir : pourquoi n’y a-t-il pas ce film ? Pourquoi lui, il est là ?
On vous explique tout.
Le CNC a donc dévoilé le jeudi 10 septembre au soir qu’était retenu :
La bataille De Gaulle - L'âge de fer d'Antonin Baudry (Pathé Films)
Le Corset de Louis Clichy (Eddy Cinéma)
La Gradiva de Marine Atlan (Les Films du Poisson)
L'inconnue d'Arthur Harari (Bathysphère Productions, To Be Continued)
Minotaure de Andreï Zviaguintsev (CG Cinéma, MK Productions)
Je me suis permis d’ajouter les boîtes de productions parce qu’elles permettent de répondre à la première question — pourquoi diable avons-nous un film russe dans le lot. Vous avez donc la réponse : CG Cinéma (boîte fondé par Charles Gillibert), et MK Productions sont deux firmes franco-françaises. Cocorico donc, le Zviaguintsev peut représenter le drapeau bleu-blanc-rouge. Et ayant déjà un distributeur américain sous l’égide de Mubi, ce serait pas entièrement débile.
Pour le reste, le choix des 5 parait cohérent, ou presque. Le Corset souligne la qualité de l’animation made in France, et avait énormément séduit à Cannes (il avait eu un prix spécial du jury Un Certain Regard, et un prix du jury à Annecy). En somme, on pourrait même, à la façon d’un Arco mais aussi d’Amélie et la métaphysique des tubes, le voir dans la catégorie des meilleurs films animés — même si la concurrence sera rude cette année, avec Hoppers, Toy Story 5, Wildwood, Ray Gunn, Meli-Melo, Super Mario Galaxy, Frakenlda, des Minions et des monstres, Shaun le mouton : la Bêêête d’Halloween, et plus encore…
La Gradiva a lui aussi fait sensation à Cannes, et pas qu’avec les critiques français (au contraire), avant de remporter le Grand Prix de la Semaine de la Critique — et il a lui aussi un distributeur américain, 1-2 Special, ce qui n’est pas rien. L’inconnue, qui est actuellement au festival de Telluride (qui peut être un tremplin américain intéressant) et bien poussé par un Neon qui, même s’il sait le potentiel commercial du film, mise sur une Léa Seydoux star outre-Atlantique et l’etiquette Anatomie d’une chute qui colle au réalisateur du film Harari, peut s’entendre aussi.
Reste alors La Bataille de Gaulle. Un peu plus surprenant, et ce en dehors de toute appréciation du film. C’est le premier volet d’un dyptique, donc difficile à récompenser. Un carton au box-office certes, mais qui ne s’est pas énormément vendu à l’international, et qui parlera moins aux votants. Et en même temps, il rentre dans la case du renouveau du film à papa que les Oscars aiment — pour rappel, le dernier Oscar français date de 1993 avec Indochine, de Régis Wargnier.
Sauf qu’il y a un couac dans cette liste. En effet, le CNC indique sur son site que dans les critères d’éligibilité, il est indispensable, en dehors de critères plus ou moins évident (être un long-métrage, avoir plus de 50% des dialogues pas en anglais, etc), que le film soit sorti entre le 1er octobre 2025 et le 30 septembre 2026. Cela parait anodin, mais ça ne l’est pas du tout.
En effet, Minotaure et Le Corset sont tous deux datés au 14 octobre prochain, tandis que La Gradiva sortira en salle le 21 octobre. Alors, il semble qu’il soit possible d’avoir une dérogation. Car, pour être précis, il faut que le film soit sorti sur cette tranche là, “pendant au moins 7 jours consécutifs et dans le même cinéma, selon les usages en vigueur en France”. Or, l’organisation de sorties techniques avant la sortie réelle est autorisée. Mais c’est un peu bizarre de sortir que dans un seul cinéma pendant une semaine Le Corset fin septembre juste pour rentrer dans les clous. Certains titres verront-ils leur sorties avancées ? Aussi proche de la date butoir, cela semble périlleux.
Ce qui est d’autant plus étrange, c’est que d’autres candidats sérieux pouvaient se trouver dans cette contrainte précise. Il semblait évident que Notre Salut, qui est reparti de la croisette avec un prix du scénario de Cannes, soit dans le lot — surtout qu’il a le même distributeur américain que La Gradiva. On aurait aussi pu imaginer la présence de Garance, puisque le long-métrage, bien que très francophone, est porté par une Adèle Exarchopoulos qui a le vent en poupe de l’autre côté de l’Océan. Et les deux films sortent bien avant le 30 septembre.
Tant pis pour les deux excellents films. Et ne boudons pas notre plaisir ; à part le film sur De Gaulle qui ne débande jamais, ce sont des films appréciés de la bande (ou d’un membre de la bande a minima…), et qui ne démériterait pas leur place en finale.
Nous saurons le mercredi 16 septembre quel est le film qui représentera la France. Par la suite, nous aurons la shortlist des 15 films retenus par l’Académie des Oscars le mardi 15 décembre prochain, avant l’annonce des 5 nommés le jeudi 21 janvier 2027, et enfin la cérémonie le dimanche 14 mars 2027. Les rendez-vous sont pris.
Nous sommes à quelques jours de la sortie internationale de Resident Evil, nouvelle adaptation de la saga vidéoludique signée Zach Cregger. Particulièrement attendue, portée par une séquence promotionnelle d’une redoutable efficacité, elle a su replacer la franchise sur la carte des créations horrifiques attendues, ce qui était une gageure. Attendue ? Peut-être pas pour tout le monde ? En effet, dans le raz-de-marée potentiels des amateurs de fantastique salivant cet assaut de zombies, un petit village de fous furieux du web résiste.
Le probable retour en grâce de Resident Evil a pourtant tout du miracle. Si on vous a déjà causé de la saga dans notre rubrique abonnée “d’après une histoire fausse” (abonnez-vous !), nous nous étions cantonnés au pan vidéoludique des créations estampillées Resident Evil, mais leurs adaptations cinématographiques n’ont pas franchement connu la même gloire.
Les jeux de Capcom connurent une première transmutation filmique sous la houlette de Paul W.S. Anderson. Cette salve initiale, portée par Milla Jovovich, se composa de sept improbables mais divertissants nanars, tous mis en scène par le sieur Anderson (à l'exception du troisième volet de 2007, dirigé par Russell Mulcahy).
Ce tir tendu d’adaptations s’étala sur une quinzaine d’années, en faisant connaître à tous les personnages canoniques de la saga ce qu’il est convenu de qualifier d’outrages tout à fait barbares. Mais la profanation filmique ne s’interrompit pas là.
En 2022, Netflix se fendit d’une adaptation sérielle, abandonnée après une saison, qui fut copieusement putréfiée par la presse et le public, qui regrettèrent de concert un scénario alambiqué, des protagonistes toujours plus déconnectés de l’univers original. Une réception regrettable, tant cette poignée d’épisodes surent retranscrire le goût de la saga pour le n’importe quoi et pour les trips tout à tour ultra-spectaculaires et apocalyptiques.
Mais le n’importe quoi filmique ne devait pas s’arrêter là. L’abominable Resident Evil : welcome to Raccoon City éclaboussa les écrans en 2021, laissant le public et la presse tout à fait froid. Il faut dire que la chose s’avéra un étron fumant tout à fait imblairable, qui s’évertuait, consciemment ou non, à faire n’importe quoi de ses personnages. L’exemple le plus frappant demeure à ce jour l’incarnation de Leon, qui passait ici de surhomme increvable au brushing impeccable à une sorte de Gaston Lagaffe neurasthénique. Notons que si certaines voix s’élevèrent pour déplorer ce résultat, l’agacement des fans hardcore demeura à peu près inaudible pour qui n’était pas intéressé par le sujet ou sévèrement fan de Resident Evil.
Il convient ici de marquer une pause. Pour mieux revenir sur l’étrange statut de la saga et la place qu’elle occupe dans le coeur des fans. En effet, depuis désormais une vingtaine d’années, de Marvel en Odyssée, les gardiens du temple auto-proclamés ne cessent d’accompagner les propositions des divers studios américains de leurs applaudissements ou cris d’orfraie. Tantôt surexcités, tantôt poussant des cris d’orfraie, les représentants les plus vocaux des communautés de fans comptent parmi les phénomènes les plus franchement toxiques à s’abattre sur le cinéma.
Mais curieusement, Resident Evil et ses sept fumants nanars furent autant de succès, et demeurent encore aujourd’hui les doudous de nombreux hominidés amateurs de cinéma. Malgré son intrigue ahurissante, ses sof-reboots internes indignes d’un enfant de cinq ans en montée d’hyperglycémie, ses héros au look de playmobil sous valium, la bienveillance à leur endroit est demeurée jusqu’à l’épisode final, un “Chapitre Final” en forme de dégueuli émaillé de morceaux de Game of Thrones et Mad Max.
Dès lors, et face à l’engouement des cinéphages et cinéphiles devant les premières images impressionnantes du Resident Evil signé Zach Cregger, on imaginait ces mêmes fans extatiques.
Sauf que non. Pour quelque mystérieuse raison, ils se sont pour la première fois levés afin de faire savoir combien ils étaient scandalisés par l’adaptation à venir, poussant son metteur en scène à présenter publiquement ses excuses avant même la sortie du film.
Car oui, Cregger a présenté ses plus plates et désolantes confuses au micro d’IGN. En effet, les commentaires en ligne, jusqu’à récemment particulièrement laudatifs au sujet des trailers de Resident Evil, se sont mués en torrents de haine, les fans furieux regrettant que la nouvelle adaptation ne semble pas utiliser aucun personnage des jeux originaux.
Et pour cause, c’en est précisément le projet. Revenir aux mécaniques horrifiques et ludiques des jeux vidéos, en collant le spectateur dans les basques d’un malheureux survivant tentant de comprendre comment ne pas finir en sashimi au sein d’une apocalypse zombie. Et après 24 ans d’adaptations flinguant systématiquement les héros (déjà pas fameux) des oeuvres vidéoludiques), peut-être était-il temps de saluer un changement de braquet bienvenu.
Mais non, les gardiens du temple Resident Evil voulaient les biscottos de Leon, le béret de Jill, la mâchoire carrée de Chris ou le perfecto de Claire. Et rien d’autre. Et Zach Cregger de plaider la naîveté et de battre publiquement sa coulpe pour ne pas avoir pris en compte les désidératas d’une armada de prépubères.
La situation est ironique, mais peut-être aussi inédite. Pour la première fois, une adaptation d’une franchise majeure de l’industrie du jeu vidéo est parvenu à surprendre, à provoquer une sincère envie, alors même qu’elle se retrouve avec à sa tête un des metteurs en scène les plus courus du moment, qui sort de deux énormes succès populaires et devrait prochainement être produit par Steven Spielberg.
Cette proposition en passe de déboucher sur une réussite inédite dans l’histoire des adaptations de jeux au cinéma est pourtant celle qui s’attire les foudres, précisément de ceux qu’elle devrait électriser les premiers.
Comme quoi, les voies des saigneurs de Raccoon sont impénétrables.
Si ces actus vous intéressent, vous pourrez écouter notre épisode de lundi où on reviendra sur le téléfilm avec Matt Pokora en résistant à Oradour-sur-Glane qui fait polémique, les critiques injustes envers Lesbian Space Princess, l’intérêt du Sommet Lumière voulu par Macron, le nouveau docu surprise de Nathan Fielder, et plus encore.
LES FILMS À VOIR (ET À ÉVITER) CETTE SEMAINE
Parce qu’une image parle mieux que mille mots…
LES RECOMMANDATIONS CULTURELLES DE LA SEMAINE
Cette semaine, pas mal de choses.
Simon vous cause du nouveau livre d’Aurélien Bellanger (aka le crush de Riaux), l’Architecte de Notre-Dame — alors qu’il s’en fout de Notre-Dame, et de l’architecture, c’est dire s’il aime Bellanger.
Nikita, notre chroniqueuse de la semaine, vous raconte son amour pour le dernier Phoebe Bridgers, Lost Weekend. Presque un peu moins la déprime pour la californienne ? Il faudra écouter ce qu’en dit Nikita dans l’émission de vendredi.
Enfin, Arthur voulait parler d’une autobiographie en BD qu’il a adoré ; et pourtant, dieu sait qu’il n’en raffole pas habituellement. Mais quand c’est Blutch qui parle de son rapport à l’amour, à la création, et à la manière dont tout se mêle, ça ne pouvait que lui plaire.
L’ÉPISODE ABONNÉ•E•S SUPERCAST, RIEN QUE POUR VOUS
L’avantage d’être abonné à notre compte Supercast est d’avoir chaque semaine un contenu supplémentaire, un bonus qui fait du bien. Ça peut être un éclairage sur adaptation, une errance du côté des séries, une diatribe pour défendre l’indéfendable, un entretien fort gênant ou une analyse audio de mise en scène (ça paraît contre-intuitif mais c’est assez génial, promis).
Cette semaine, Simon continue l’exploration des liens entre œuvres vidéoludiques et septième art, et s’en va troller du côté de The Last of Us, pour aborder comment le jeu épouse plus les codes du cinéma que du jeu vidéo…
Pour écouter l’épisode, il faudra s’abonner à notre offre Supercast juste ici.
UN PEU DE PATRIMOINE ?
Cette semaine, on continue d’explorer les monuments du cinéma d’animation japonaise. Puisqu’après un épisode sur Ghost in the Shell, on revient sur celui qui lui a permis de voir le jour, le film qui a tout décoincé, tout révolutionné, et qui a permis aux films nippons de prendre une autre ampleur : Akira.
Épisode à découvrir dès mardi, et dès ce samedi 12 septembre pour nos abonné•e•s Supercast.
LE BONUS HEBDO
Chaque semaine, on vous concocte un petit bonus. Un truc en plus, à vous mettre sous la dent. Parce qu’on est comme ça, dans le don de soi, pour vous autres abonné•e•s. Et cette semaine, Nikita, qui nous fait le plaisir de combler l’absence de Sophie et Alexis, nous propose 10 films qui la définissent. Histoire de mieux savoir à qui vous avez à faire.
Une liste à retrouver ici. Et sinon, le lien vers notre compte Letterboxd RST est juste ici.
Merci de votre lecture, on se retrouve sur nos résals socials (Instagram, Bluesky ouTikTok), sur vos plateformes d’écoute de podcasts préférées et la semaine prochaine dans votre boîte mail.
Et gloire au cinéma français, on ne le répète jamais assez.
